‹ Poésies choisiesChapitre 12 sur 84 · Livre Phrosine aux abîmes de l'onde · texte numérisé non relu

Livre Phrosine aux abîmes de l'onde

Que n'est-il vrai, ce pouvoir enchanteur

Par qui jadis le ciel réparateur

En déité transformoit une belle !

Phrosine, hélas I tu serois immortelle.

Et tu péris sans grâce et sans retour I

Phrosine et Méiidore. pi

Plus malheureux, 6 toi qui vois le jour !

Qui t'apprendra cette horrible nouvelle ?

Il tient en vain, dans cette nuit- cruelle,

Ses yeux ouverts, ses fanaux allumés;

Il a perdu les vœux qu'il a formés :

L'île d'amour n'a pas vu sa déesse ;

Mille soupçons alarment sa tendresse.

Il va s'en plaindre au fatal élément ;

Il en approche. O frayeur d'un amant !

Ma main frissonne à tracer cette image ;

Il voit flotter un corps près du rivage ;

L'efiroi, l'amour précipitent ses pas

Vers ce jouet de l'onde et du trépas.

Quel coup de foudre I O ciel ! c'est son amante

Qu'à ses pieds roule une vague écumante.

C'est elle I... Il tombe, immobile, éperdu,

Sur cet objet dans le sable étendu.

C'est elle !... Il sort de cette horreur profonde

Pour détester le ciel, la terre et l'onde.

Sous la pâleur de ses livides traits.

Il voit, contemple, adore ses attraits.

Touche son cœur, pour y chercher la vie :

Tout est glacé, la Parque est assouvie.

Sur ces débris qu'il presse avec efifort.

Sur lia mort même il implore la mort.

J'ai tout perdu, s'écrioit Méiidore :

O ciel I tu meurs I ô ciel I je vis encore I

Phrosine, attends l'âme que je te doi ;

Le jour affreux peut-il luire sans toi ?

Quand tu péris, l'univers fait naufrage.

O mer I achève, engloutis ce rivage.

92 Poésies de Gentil ^Bernard,

Mer infidèle, où brilloient tant d'appas.

As-tu bien pu lui donner le trépas ?

C'est elle, ô ciel, qu'on voit sur ton arène Rebut des flots dont elle fut la reine I Hélas ! c'est moi qui la prive du jour !

Pourquoi, cruelle, avoir eu. tant d'amour?

J'en fus l'objet, et c'est moi qui te tue I... Il perd la voix, et sa bouche éperdue Dévore encor ces restes précieux ; Il les transpoite au sommet de ces lieux.

Pour s'y livrer à la mort qu'il projette.

Il voit Phrosine ; un charme encor l'arrête La contempler, même en dépit du .sort.

Est un plaisir qu'il dérobe à la mort.

Le jour naissant trouve encor Mélidore Les bras liés à ce corps qu'il adore.

Près d'expirer, le dernier de ses vœux Est qu'un tombeau les unisse tous deux :

Pour couronner cette union fidèle, De sa ceinture il s'enchaîne avec elle.

« La mort ainsi ne peut m'en arracher. »

Il dit, s'élance et tombe du rocher :

L'onde engloutit sa proie infortunée.

Qui reparut vers Messine étonnée.

Où l'on grava tous ces événements Sur un tombeau commun à ces amants.

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