SUR L'AUTOMNE
SUIVONS les ménades ; Dans leurs promenades, Amis, rendons-nous.
Bientôt les pléiades, L'aquilon jaloux, Fondant des montagnes.
Viendront tour à tour Faire à nos campagnes Sentir leur retour.
La seule Pomone, Sous ce frais berceau.
Rit et se couronne D'un pampre nouveau.
Du nectar qui coule, Versé par ses mains S'abreuve une foule
Epi très. IJ9
De jeunes sylvains, Qui, dans ces jardins, Du pesant Silène Soutiennent à peine Les pas incertains.
Suspends ton étude; ,
Viens, loin des neuf Sœurs,
Goûter les douceurs
De ma solitude.
Esclave avec moi.
Du vainqueur de FInde
Que le dieu du Pinde
Subisse la loi.
Si tu ne peux vivre
Sans un Apollon,
C'est Anacréon,
Ami, qu'il faut suivre.
Apprends à monter
Ta galante lyre.
Si tu veux chanter,
Que Bacchus t'inspire
Le tendre délire
Qui, cher à Thémire,
S'en fait écouter.
Parmi nos convives.
Invitons l'Amour ;
Qu'il vienne à son tour ^
Recevoir sur ces rives
Cy thère et sa cour.
140 Poésies de Gentil-Bernard.
Couché sous la treille, Si quelqu'un sommeille, Par un tendre effort, L'Amour le réveille Quand Bacchus Tendort.
Ami d'Épicure, J'en suis les leçons ; Comme lui j'épure Les utiles dons Que fait la nature A ses nourrissons.
D'une ardeur extrême Le temps nous poursuit :
Détruit par lui-même, Par lui reproduit ; Plus léger qu'Éole, Il naît et s'envole, Renaît et s'enfuit.
Qu'un prompt sacrifice Fixe le caprice Du vieillard jaloux ; Qu'au milieu de nous Ce dieu taciturne Perde son courroux.
Du vin de cette urne Enivrons Saturne.
Désormais plus lent.
Ce dieu turbulent.
Pour reprendre haleine,
Epitres, 141
Suivra de Silène Le pas nonchalant.
Ce lieu solitaire Est le sanctuaire Ou, libre d'ennui, Je dois aujourd'hui Immoler les craintes, Les soins, les contraintes Et les vains désirs, Tyrans des plaisirs.
Déjà sous la tonne, La coupe à la main, Hébé me couronne D'un lierre divin.
Et Comus ordonne L'apprêt du festin.
Les nymphes accourent; Les faunes m'entourent ; Le vin va couler; L'encens va brûler ; La victime est prête.
On va l'immoler.
Ami, qui t'arrête?
Thémire, avec moi, Pour ouvrir la fête.
N'attend plus que toi.