‹ Poésies choisiesChapitre 25 sur 84 · A MADEMOISELLE S · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE S

Écrite de Fimtainebleau.

DU froid séjour de la grandeur, J'écris à ma chère Thémire :

Qu'Amour soit mon ambassadeur, Qu'il lui porte ce qu'il m'inspire.

Les fraîcheurs ont fini le cours De ces innocentes soirées, Plus belles que les plus beaux jours, Où, de leurs plus simples atours, Les Grâces naïves, parées, Brilloient au milieu du concours De tes amis et des amours.

Je les vis aux bords de la Seine, Que tes pas légers parcouroient.

Quand d'une lumière incertaine Diane et l'Amour féclairoient ;

Èpîtres, i6ç

Quand tous les zéphyrs accouroient,

Voloient et te suivoient à peine ;

Quand Blénac et moi t'adoroient,

Et que les Grâces admiroient

Leur sœur, leur émule et leur reine.

Où sont-ils, ces jours de désir ?

A la cour, dans ma solitude.

Mais solitaire sans loisir,

Le sort jaloux m'a fait choisir

Le stérile ennui d'une étude

Qui n'est pas celle du plaisir ;

Mais lorsque mon cœur peut saisir

L'image de l'objet qu'il aime.

Je ne vois qu'Amour devant moi.

Je ne vois que Cythère et toi,

Je me revois enfin moi-même.

Mon âme échappe à sa prison ;

L'effort du plaisir la délie.

L'étude occupoit ma folie :

Le plaisir me rend la raison.

Qu'ici règne un esprit contraire !

Hélas ! quel séjour pour un cœur

Né tendre, amoureux et sincère !

Ici l'amour est un trompeur.

Et l'hymen est un mercenaire.

Crains-tu que je perde jamais

Ta simplicité que j'adore,

Pour prendre des mœurs que je hais ?

Je cultiverois sans progrès

L'art adulateur que j'ignore,

Chargé de ne savoir encore

Poitits dt Gentil-Bernard»

Qu'aimer et chanter tes attraits.

Hais insensible & ma constance, O ma Tbémiie ] tu te tais I Est-ce donc trop peu de TabseDce ?

Qui tarde trop à s'exprimer N'aime point ou n'aiment guère.

Pourquoi perdre le temps à plaire ?

Il nous est doaué pour aimer.

L'âge fnit, le temps nous devance ; L'heure où la fleur s'épanouit Avec elle s'évanouit ; Et l'heureux temps où l'on jouit ^envole avec la jouissance.

ÉPiTRE IX

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