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EPITRE XI

A BATILDE

A TOI, Faimable sectaire, Pour qui mon ooeor s'est déparé; Objet de mon cnlte ignoré, Vois sons ce cachet du mystère Tout f amour que je t'ai juré :

Ce n'est point cet amour Tulgaire, Où rhomme. proÊme est lîvié^ Je sens qu un feu pur et sacré Me rend digne du sanctuaire Où mon andace a pénétré.

Je brûlai des flammes mondaines, £t courant la mer des dangers, J'amusai mes goûts passagers Du chant des profiuies sirènes.

Aujourd'hui, changeant de désirs.

J'aborde une plage nouyelle :

La Toix des colombes m'appelle

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Epîtres, 173

Au port des tranquilles plaisirs.

Non, tout ce que le monde inspire De délire et de sentiment N'égale pas Tembrasement De l'amour qu'ici Ton respire.

L'amour, sans doute, a plus d'attraits Dans les chaînes de la contrainte ; Et les barreaux de ton enceinte Donnent plus de force à ses traits.

Ainsi qu'à travers un nuage.

L'astre qui commande aux saisons Darde, par un étroit passage, Tout le faisceau de ses rayons :

Pénètre et brûle davantage.

Le bonheur habite ces lieux.

Malgré le deuil qui t'environne, Malgré l'appareil envieux Du voile épais qui te couronne, Que Batilde est belle à mes yeux !

Que la foi du peuple révère Ce noir et saint déguisement; Batilde, tu sais quel tourment Causoit cette barrière austère Aux yeux peu dévots d'un amant.

Enfin, mon ardente prière Amena ce jour de lumière Qui combla mon enchantement.

O jour I ô fortuné moment 1 Que mon sort fut digne d'envie I Moment d'ivresse et de transport!

174 Poésies de Gentil-Bernard,

Je vis les charmes de la vie Sortir des crêpes de la mort L'amour est le dieu des mystères :

Il dit à ces voiles austères De disparottre à mes regards ; Ces voiles tombèrent épars.

Il détacha de sa main même Ce bandeau, ce sacré lien, Qui, mis à la place du sien.

Lui fît un nouveau diadème.

Tes cheveux déliés, soudain Par anneaux flottants s'épandirent.

Et, comme un nuage, couvrirent L'ivoire poli de ton sein.

Quel autre tableau ! quelle image !

Par un prestige de Tamour, Ce tombeau, ce lieu d'esclavage.

Devint le plus riant séjour.

Tes grilles furent éclipsées.

Et mille fleurs entrelacées Formèrent des berceaux divins.

Où, sur ta tête rayonnante, Voltigeoit la troupe riante Des amours et des chérubins.

Vous brûlez de toutes leurs flammes.

Tendres captives, belles âmes.

Qui gardez le feu des autels ; L'amour, des célestes délices, Vous mène aux tendres sacrifices.

Qui font le bonheur des mortels.

Epîtres. 175

Hélas ! je Tignorois encore^ Ce don d'aimer, ce vrai bonheur; La Sulamite que j'adore M'apprit qu'il étoit dans mon cœur.

Que le tien, Batilde, y réponde; Unis par des liens si doux, Dans notre obscurité profonde, Dans l'oubli du siècle et du monde, Nous pouvons tromper les jaloux.

Un labyrinthe impénétrable, Dérobe aux mortels tes appas ; J'en aurai le fil secourable, L'amour y guidera mes pas.

£n dépit du destin avare, J'obtiendrai, pour prix de ma foi.

Le trésor qu'une loi bizarre Du reste du monde sépare. Pour n'être connu que de moi.

Au jardin des roses captives.

Celle dont mon cœur est blessé £st dans un buisson hérissé Qui retient ses. feuilles plaintives.

N'importe, j'en saurai jouir; Attends, ma belle prisonnière, Je franchirai cette barrière; Et comme le vent du zéphyr, Ranimé, dès l'aube première.

Mon souffle ira t'épanouir.

Cette nuit nous sera propice ; Lorsque les ombres couvriront

176 Poitits de Gemiil-Btrmard.

Les mun du claustral édifice ; Quand les cantiques finiront.

Quand les mères s'endormïnHit Dans leur fnnde béatitude ; Quand les jeunes gémiroot Du vide de leur solitude; Veille, attends-moi dans ce s^jotir Si tu brûles pour mon retour; D'une ardeur plus impatiente.

Prévenant l'étoile du jour.

J'irai, sditaire charmante, Combler, accabler mon amante De tous les feux de mon amour.

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