SUR LA VOLUPTÉ
HÔTE aimable d'un lieu charmant, Où, loin du faste et du tumulte^ Tu parois si fidèle au culte Du dieu père de Tenjouement, J'irai sous ce bois respectable.
De myrte et d'oliviers planté, Revoir à tes côtés à table L'innocence et la volupté.
Des grands ahusi que du vulgaire.
Que ces beaux lieux soient ignorés :
Dans ce bachique sanctuaire.
Tous ces profanes altérés Porteroient leur soif téméraire.
Adorons de loin nos tyrans; Si la gloire avec eux habite,
i82 Poésies de Gentil-Bernard,
L'ennui suit la pompe et les rangs, Et tu sais que la joie évite L'air fâcheux des dieux et des grands.
Non, vous n'aurez point notre hommage, Vous, dont j'ai bravé les mépris ; Ce berceau, mieux que vos lambris, Ck>uronne la tète du sage.
Plus de plaisir, moins de sfdendeur; Vos ennuyeuses excellences Et vos sérieuses grandeurs Glaceroient nos vives séances.
Les dieux, par un don généreux, Ont comblé l'état où nous sommes :
La grandeur fut £ûte pour eux; Le plaisir fut fait pour les hommes : Ils sont grands ; nous sommes heureux.
Que la satumale établie Dans ton rustique appartement Leur prouve notre enchantement :
Quand l'ivresse parle et délie Les nœuds du froid raisonnement; Lorsqu'un léger caprice allie.
Par un bizarre enchaînement.
Et la maxime et la saillie.
Et que des cœurs l'accord charmant Joint aux accès de la folie Les ressources du sentiment :
Dieu, respectez l'égarement D'un heureux mortel qui s'oublie, Plus dieu que vous dans ce moment.
Êpîtres. 183
Pendant que Tactive opulence Possède sans pouvoir jouir, Coulant dans l'ombre du loisir Des jours faits pour l'indépendance, Une oisive et molle indolence M endort dans les bras du plaisir.
M'éveille au sein de l'espérance.
Ami, voilà la volupté ; Libre enfant de l'oisiveté, La volupté toujours nouvelle.
Vive sans fougue et sans transports.
Qui fuit afin qu'on la rappelle, Qui fuit, mais qui laisse après elle Les désirs au lieu de remords I Sur mon front serein, la jeunesse Sème encor les fleurs et les lis ; Je bois, je folâtre et je ris; Si je succombe à ma foiblesse.
Un dieu réchauffant mes esprits.
De n^a flamme et de mon ivresse Redouble à chaque instant le prix, £t chaque instant qui fuit me laisse Plus altéré, mais plus épris.
Nuit charmante, arrête, prolonge Les douceurs d'un festin pareil ; Reculons l'instant du sommeil, Il ne peut nous donner qu'un songe.
Que l'aube, à son brillant retour, Sur les gazons nous trouve encore Disputant de vers et d'amour ;
184 Poésiti de Gtmtil-Berw^rd.
Et de nonvcaii rtn-ons éclore.
Pour prémices cTiui plos bean joor Le* fleurs, les plaisirs et ranrore.