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ATTENDS-MOI, jeune sybarite ; J'irai sur le déclin du jour, Dans ta retraite favorite, Où la voix du plaisir invite Silène, Cornus et l'Amour.
Je l'ai vu, ce lieu solitaire ; C'est le Trianon de Cythère, Lieu charmant, asile écarté, Qu'Amour fit pour cacher sa mère Loin du centre de la cité, Et que la mode et le mystère Consacrent à la volupté.
C'est une fée enchanteresse Qui posa ces riches lambris.
Qui choisit ces meubles de prix.
i86 Poésies de Geniîl'Bernard.
Dressa ces buffets pour Tivresse,
Fit ce théâtre pour les ris,
Cette alcôve pour la mollesse.
Et ces canapés 'pour Cypris.
Beaux lieux si dignes de nous plaire.
Où chaque objet donne un désir.
Et Tespoir de le satisfaire.
Où chaque pas que Ton peut faire
Est sur la trace d'un plaisir.
Dans cet asile délectable, Ce qui m'enchantera le plus Sera de voir Pétrone à table.
Dans le salon de Lucullus.
Le soin de régir le tonnerre Est le partage des dieux; Que l'encens brûle pour les cieux.
Quand le vin coule pour la terre.
Nos maîtres ont comblé nos vœux.
En bornant l'état où nous sommes :
Ils gardent les honneurs pour eux.
Ils cèdent les plaisirs aux hommes; Ils sont grands, nous sommes heureux.
Gardons-nous bien de le détruire, L'heureux sort qui nous est donné.
Loin tout désir empoisonné.
Dont la fortune ose séduire L'homme au seul repos destiné.
A si peu de jours condamné, Que peut-il savoir ou produire ?
Epi très. 187
Le temps vole afin de Tinstruire Que c'est pour jouir qu'il est né.
Cette leçon fait ma science.
Bornant mon unique désir A la suprême indépendance.
Au jour coulé dans le loisir.
Succède la nuit du plaisir, Et le matin de l'espérance.
Mais le char lumineux s'élance
Dans l'humide champ de Thétis,
Et les feux du jour amortis
Font place à Vesper qui s'avance.
Voilà l'heure où nous jouissons ;
Qu'on serve, ami, que tout s'empresse;
Que le nectar de toute espèce
Gémisse, écrasé de glaçons.
Dans le carafon qui le presse.
Chantons ces chorus d'allégresse,
Avec l'Hébé que tu chéris ;
Qu'elle accompagne d'un souris
L'ovilé qui coule sans cesse
Versé dans la coupe des ris.
Qu'Amour réchauffe les esprits
De celui qu'affoiblit l'ivresse ;
Que chaque instant qui fuit nous laisse
Plus altérés et plus épris.
Si quelqu'un avec son Armide
S'égare au fond de ce jardin.
Vole, Amour, prépare soudain
i88 Poésies de Gentil-Bernard,
L'asile où ta flamme les guide;
Dans ce cabinet écarté
Dresse l'autel du sacrifice.
Que ce vert gazon refleurisse,
Pour faire un lit à la beauté;
Que Tair doucement agité
Des plus doux parfums se remplisse;
Dans l'ombre discrète et propice
Diane n'aura de clarté.
Qu'autant qu'il faut pour qu'on jouisse.
Et point assez pour qu'on rougisse.
Que l'Inde adore le soleil; Qu'ici la nuit dure et prolonge Les charmes d'un destin pareil :
Reculons l'instant du sommeil.
Il ne peut nous donner qu'un songe.
Le jour trop tôt se fera voir
Aux yeux des enfinnts de Silène.
Que n'ai-je en ces lieux le pouvoir \
Du dieu qui fit la nuit d'Alcmène 1
Voyons, puisqu'il faut le retour
De la trop vigilante aurore.
Et que l'aube nous trouve encore
Disputant de vers et d'amour,
Liés par des chaînes nouvelles,
Dans ce commun enchantement.
Jurons tous de voir promptement
Cette fête où tu nous rappelles ;
Sois sûr, ami, qu'à ce serment
Ept,.,..
Tes convives seront fidèles :
La plus volage de nos belles
Grardera cet engagement.
Pour en presser l'heureux moment,
Qu'Amour au temps donne ses ailes.