‹ Poésies choisiesChapitre 32 sur 84 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

J'avois conduit Églé chez son Apelle.

Là, parcourant les plus rares portraits.

Je dis à l'Art : Regarde qu'elle est belle !

Pour ton chef-d'œuvre as-tu vu plus d'attraits? Rends tes pinceaux dignes de ce modèle ; Place l'objet, touche, colore, excelle.

Peins la beauté.... mais sous de nouveaux traits. Saisis d'Églé le piquant caractère ; Nous ne voulons naïade ni bergère; Vénus, Hébé... tu les peignis cent fois ; Minerve est triste, et Pallas si sévère !

Junon si fière I... Il faut un autre choix.

Flore, dis-tu ? mais Flore, toujours Flore !... Cherchons,.. Tu vas me proposer l'Aurore

Epitres. ipi

Et m'éblouir de l'éclat qui la suit.

Non. Mais écoute un plan qui me séduit.

Un sujet neuf qui pourra te surprendre ;

Peignons Églé sous lés traits de la nuit.

Mais quelle nuit 1 Dieu I pourras-tu la rendre ?

Aux champs des airs vois ce char emporté

Par des coursiers que guide une déesse :

Il vole, il fuit loin du jour qui la presse;

Entre elle et lui règne l'obscurité.

Du firmament Téternelle courrière,

Portant le calme et la «érénité,

Est au milieu de ce trône argenté.

De ses yeux part un sillon de lumière

Qui perce l'ombre et marque sa carrière.

Un voile obscur, enflé par les zéphyrs,

Sur ses cheveux qui flottent en arrière

Lui fait un dôme émaillé de saphirs.

De ses chevaux une main tient les rênes ;

L'autre répand des moissons de pavots,

Dont les amours, pour prix de leurs travaux,

Font des festons, bien plutôt que des chaînes.

L'oiseau qui chante aux portes du matin

Sommeille encore aux pieds de la déesse ;

La nuit retarde un concert qui la blesse :

Pourquoi sitôt voir arriver sa fin ?

Hélas ! de l'homme elle endort le chagrin.

Flatte l'espoir, console la tristesse,

De mille amants protège la tendresse.

Et de tout être adoucit les destins.

Quand la, nuit veille au bonheur des humains.

Pourquoi le jour veut- il naître sans cesse ?

i2 Poésies de Gentil-Bernard.

Toi, dont ici j'ai crayonné les traits, Quajtd je t'élëve aux célestes demeures, C'est pour régner sur les plus douces heures ; Heures d'amour, de délice et de paix.

Donne au pinceau l'honneur de cette image; Lors je dirai, contemplant tes attraits :

Nuit, belle nuit, que ce nom t'encourage !

Donne l'exemple aux heureux que tu fais ; Nuit du bonheur, que ton cœur le partage !

Jouis, l'amour te rendra tes bienfoits.

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