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EPITRE XVII

A GALATEE

N'abusez-vous point un amant ?

Doîs-je craindre en vous l'art de feindre?

Occupé d'un songe charmant^ N'ai- je point un réveil à craindre ?

Aimez- vous ? D'un cœur enflammé Connoissez-vous le bien suprême ?

Et s'il est vrai que ce cœur aime, Hélas! suîs-je l'objet aimé?

Si je le suis, pourquoi le taire ?

Ordonnez au dieu du mystère De m'annoncer un sort si beau. Lorsque son flambeau vous éclaire, Pourquoi me laisser son bandeau ?

Pourquoi ces contraintes muettes, Quand je fais parler mes ennuis ?

Déclarez donc ce que vous êtes,

ipS Poésies de Gentil-Bernard,

Pour m'apprendre ce que je suis.

Oui, mon ardeur est écoutée ;

Je touche au bonheur que j'attends :

Naïve et tendre Galatée,

Ton âme n'est point infectée

De l'art des coquettes du temps.

La nature fît ton partage.

De ce ton de voix, ce langage Fait pour rassurer les amours; Et j'en crois plus que tes discours, Tes yeux, ton maintien et ton âge ; J'en crois cet entretien charmant.

Où le goût et le sentiment Jurent une étroite alliance; Où l'esprit qui joue et qui pense.

Sait unir, je ne sais comment, L'air de noblesse au ton d'aisance, Et les grâces de la décence A tout le sel de l'enjouement.

D'un nœud fatigant et bizarre.

L'hymen te lia pour jamais.

Il est temps que l'amour répare Tous les maux que l'amour a faits.

Je sais trop qu'il faut nous contraindre; Moi, j'aurai des rivaux à craindre.

Toi, des Argus à ménager.

L'obstacle doit t'encourager :

Goûtons, au lieu de nous en plaindre, Les attraits piquants du danger.

Epi très. 199

Malgré Thymen et ses chimères, Malgré les époux et les mères, O maGalatée, aimons-nous; Rendons même grâce aux jaloux.

Malheur aux chaînes trop légères, Que suit le poison des dégoûts !

Contre les vents et leur injure, Le chêne ébranlé se rassure Et se raffermit par leurs coups.

L'âge fuit, le temps nous devance; L'heure où la fleur s'épanouit Avec elle s'évanouit :

Sujet à la même inconstance, L'instant heureux où l'on jouit S'envole avec la jouissance.

Hâtons-nous de plaire aux amours :

Ton printemps ne fait que d'éclore.

Un autre âge qui me dévore Commence l'été de mes jours.

Te dirai-je enfin le présage.

L'espoir du bonheur qui me luit?

Je revois à toi cette nuit...

Quel mensonge I ah Dieu I quel dommage !

Rien n'en peut égaler l'image.

Que le doux charme qui te suit.

D'amour la plus étroite chaîne

Unissoit nos sens éperdus.

Et dans nos transports confondus.

Ma bouche soupiroit à peine.

aoo Poésies de Gentil^Bernard,

Que mes soupirs m'étoient rendus.

Dieux 1 6 dieux, quelle apothéose I Quels baisers en foule cueillis Volés sur tes lèvres de rose Et rendus sur ton sein de lis.

Pardonne; tu blâmes peut-être Ces vers libertins que tu voi; Mais ces vers, tu les as fait naître.

Et quel songe aurois-je sans toi ?

On doit s'exprimer comme on aime :

Ma main te grave en traits de feu L'amour que j'ai senti de même.

Qui respecte tant, aime peu.

Rougis, j'en verrai plus de charmes.

C'est le plus beau des coloris ; Rougis, la pudeur en alarmes Est plus touchante que les ris.

L'amour craintif dans son enfance N'est qu'un timide enfant qui pense Sans oser se faire écouter; Mais l'amour, quand il est extrême.

Est un maître, est un dieu suprême, Qui ne voit rien à redouter.

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