‹ Poésies choisiesChapitre 46 sur 84 · LES BAINS DE LAURE · texte numérisé non relu

LES BAINS DE LAURE

CETTE grotte est Fasile aimable Où Laure échappe aux feux du jour.

Cette onde est son bain délectable; Cest là que sa main redoutable Trempe tous les traits de l'Amour.

Quand la fraîcheur ici l'appelle^ Zéphire ose seul approcher; J'y vois chaque roseau fidèle, Qui cache un Amour nu comme elle.

Qui craîndroit de Teffaroucher.

Confidents des beautés de Laure, Beaux lieux, que vous me serez chers !

Témoins de tout ce que j'adore.

Ruisseaux, coulerez-vous encore Pour chercher Vénus sur les mers ?

Odes. 2}7

Ah 1 si dans ce lieu solitaire Je pouvois sans être aperçu...

Qu'ai-je dit ? Quel vœu téméraire !

C'est l'abri sacré du mystère.

Jamais mortel n'y fut reçu.

Que vois-je? quel soupçon m'anime!

Quels noms I quels chiffres odieux !

Ce sable interprète son crime.

Ah ! je vois aux pas qu'il exprime, Qu'elle n'a pas fui tous les yeux.

O dieux I quel changement extrême !

O l'abîme I ô l'affreux séjour!

Cette onde est Ip Cocyte même; Fuyons l'antre de Polyphème, £t périsse à jamais l'amour !

LA NUIT D'ÉGLE

ONUiT, dure autant que ma vie, L'aube du jour me fait trembler :

Ton ombre va m'être ravie, Et les amours vont s'envoler.

Églé dans mes bras se repose.

J'attends, j'enchatne mes désirs.

Hélas I c'est l'amour qui le cause, Ce sommeil, enfant des plaisirs.

Par cette lampe du mystère, Je vois mille charmes divers; Et si l'astre du jour m'éclaire, Je ne verrai que l'univers.

Amour, toi dont le trait rapide Vole aussi prompt que le regard,

Donne à Titon les'feux d'Alcide; L'aurore arrivera plus tard.

Mais je vois poindre la lumière.

Ce rayon va nous découvrir; Égié ferme encor sa paupière, Celle des jaloux va s'ouvrir.

Hâte-toi, sommeil, je fimplore, Souffre que je règne à mon tour.

Quitte les beaux yeux que j'adore, Pour y foire place à l'amour.

Des jeux plus doux que tes mensonges Préviendront encor le soleil ; Églé, chassons l'erreur des songes Par les vérités du réveil.

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