LES BAINS DE LAURE
CETTE grotte est Fasile aimable Où Laure échappe aux feux du jour.
Cette onde est son bain délectable; Cest là que sa main redoutable Trempe tous les traits de l'Amour.
Quand la fraîcheur ici l'appelle^ Zéphire ose seul approcher; J'y vois chaque roseau fidèle, Qui cache un Amour nu comme elle.
Qui craîndroit de Teffaroucher.
Confidents des beautés de Laure, Beaux lieux, que vous me serez chers !
Témoins de tout ce que j'adore.
Ruisseaux, coulerez-vous encore Pour chercher Vénus sur les mers ?
Odes. 2}7
Ah 1 si dans ce lieu solitaire Je pouvois sans être aperçu...
Qu'ai-je dit ? Quel vœu téméraire !
C'est l'abri sacré du mystère.
Jamais mortel n'y fut reçu.
Que vois-je? quel soupçon m'anime!
Quels noms I quels chiffres odieux !
Ce sable interprète son crime.
Ah ! je vois aux pas qu'il exprime, Qu'elle n'a pas fui tous les yeux.
O dieux I quel changement extrême !
O l'abîme I ô l'affreux séjour!
Cette onde est Ip Cocyte même; Fuyons l'antre de Polyphème, £t périsse à jamais l'amour !
LA NUIT D'ÉGLE
ONUiT, dure autant que ma vie, L'aube du jour me fait trembler :
Ton ombre va m'être ravie, Et les amours vont s'envoler.
Églé dans mes bras se repose.
J'attends, j'enchatne mes désirs.
Hélas I c'est l'amour qui le cause, Ce sommeil, enfant des plaisirs.
Par cette lampe du mystère, Je vois mille charmes divers; Et si l'astre du jour m'éclaire, Je ne verrai que l'univers.
Amour, toi dont le trait rapide Vole aussi prompt que le regard,
Donne à Titon les'feux d'Alcide; L'aurore arrivera plus tard.
Mais je vois poindre la lumière.
Ce rayon va nous découvrir; Égié ferme encor sa paupière, Celle des jaloux va s'ouvrir.
Hâte-toi, sommeil, je fimplore, Souffre que je règne à mon tour.
Quitte les beaux yeux que j'adore, Pour y foire place à l'amour.
Des jeux plus doux que tes mensonges Préviendront encor le soleil ; Églé, chassons l'erreur des songes Par les vérités du réveil.