‹ Poésies choisiesChapitre 47 sur 84 · LE MYSTERE · texte numérisé non relu

LE MYSTERE

SUR une écorce légère, Amants, tracez votre ardeur :

Le beau nom de ma bergère N'est gravé que dans mon cœur.

Je n'ose occuper ma lyre A chanter un nom si doux, • Écho pourroit le redire, Et j'auroîs trop de jaloux.

Corinne à feindre m'engage, Pour mieux tromper les témoins.

Ce qui lui plaît davantage Semble me plaire le moins ; L'herbe où son troupeau va paître Voit le mien s'en écarter, Et je semble méconnoître Son chien qui veut me flatter.

Odes, 241

Vous qu'un fol amour inspire, Connoissez mieux le plaisir ; Vous n'aimez que pour le dire, Nous n'aimons que pour jouir.

Corinne, que ce mystère Dure autant que nos amours.

L'amant content doit se taire :

Fais-moi taire pour toujours.

L'amant frivole et volage Chante partout ses plaisirs ; Le berger discret et sage Cache jusqu'à ses désirs.

Telle est mon ardeur extrême Mon cœur, soumis à ta loi, Te dit sans cesse qu'il aime, Pour ne le dire qu'à toi.

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