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LEDA

DisPAROissEZ, Maures et paladins, Songes chéris de ma chère patrie ; Disparoissez, peuples de Sylphirie ; C'est trop nous plaire à des fantômes vains.

Qu'aux régions qu'habite la féerie.

Rentrent encor les géants et les nains.

Inspire-moi, dieu des fables antiques, Esprit fécond, doux charme de mes vers, Ouvre à mes yeux tes fastes poétiques ; Tu donnes l'âme à mille êtres divers :

Tout naît par toi, tout vit, tout se colore, L'aube naissante est le char de l'Aurore; L'onde est Thétis qui règne sur les mers ; Les tendres fleurs sont les filles de Flore; Ces blonds épis, c'est Cérès qui les dore.

Je vois Iris sur le trône des airs.

L'amour enfin, ce feu qui nous dévore, Est un enfant qui régit l'univers.

286 Poésies de Gentil-Bernard,

Par un essor sans doute téméraire,

J'ose voler sur les traces d'Homère.

Que de trésors à mes yeux sont ouverts !

Je n'irai point, trop foible pour mon guide,

Sous Jupiter faire trembler Ida;

Mais je peindrai le cygne de Léda,

Des doux crayons du Corrège et d'Ovide.

Léda régnoit; Tindare, à ses genoux.

Lui soumettoit son cœur et son empire; Mais tant d'attraits causèrent son martyre.

Reine des cœurs qu'elle soumettoit tous, Léda régnoit; Tindare étoit jaloux.

Ne pouvant seul adorer tant de charmes.

Il redoutoit mille amants séducteurs ; Les dieux rivaux excîtoient ses alarmes ; Ces dieux alors, souverains corrupteurs, S'humani soient pour des beautés mortelles Et désertoient les voûtes étemelles Pour devenir d'humbles adorateurs.

L'époux craintif fait trop voir sa foiblesse. Dans son palais embelli par les arts, Une Vénus enchantoit les regards.

Pour exprimer sa jalouse tendresse.

Un jour Tindare à de si belles mains Donna des fers ; des fers à la déesse Qui, d'un regard, enchaîne les humains !

L'Amour apprit cette coupable offense ; Et par un trait digne de son courroux, Pour mieux punir le crime de l'époux, Il destina l'épouse à sa vengeance.

oésies diverses. 287

Sur elle en vain il redouble ses coups, Et n'éprouvant qu'une austère sagesse, A Jupiter l'Amour en pleurs s'adresse :

« Si j'ai, dît-il, à tes déguisements Prêté mon art et mes enchantements, A la beauté livrons encor la guerre.

Vois cette reine aux bords de l'Eurotas :

Seule, à tes yeux, elle unit plus d'appas Qu'à tes amours n'en peut offrir la terre; Son âme encore échappe à mes désirs.

Viens, venge-toi d'une beauté coupable :

Je vais lui tendre un piège inévitable; S'il fait ma gloire, il fera tes plaisirs.

Tandis qu'au bain l'insensible s'amuse A voir jouer des cygnes sur les eaux.

Deviens toi-même un cygne qui l'abuse; Descends, parois, nage dans ces roseaux. Moi, de ton aigle empruntant le plumage, J'y volerai prêt à fondre sur toi; Je répandrai le désordre et l'effroi ; Fuis dans ses bras, le reste est ton ouvrage. »

Il dit : l'Olympe applaudit à TAmour, Et Jupiter lui sourit et Tembrasse.

Tous deux partis du céleste séjour.

Ces dieux ailés vont occuper leur place :

L'un, d'un regard, fixe l'astre du jour; L'autre est sur l'onde, où sa tête surpasse L'orgueil jaloux des cygnes d'alentour.

Au lieu des traits destinés aux coupables.

L'aigle superbe emportoit dans les airs

288 Poésies de Gentil'-' Bernard.

Et ce carquois et ces feux redoutables Dont il se plaît à brûler l'uniTers.

L'aigle, déjà porté sur le rivage.

Fait tout trembler : tout l'a vu; tout Ta fui; Il voit le cygne, il veut fondre sur lui :

L'oiseau craintif vole, évite sa rage.

Plonge, revient, disparoît et surnage, Arrive au bord où se baignoit Léda, Qui par pitié dans sa fuite Taida.

Uaigle aussitôt part et fend le nuage.

Léda, sans crainte, au cygne caressant.

Tend une main qui flatte son plumage.

Lui, dans ses bras, tendre et reconnoissant, t Semble en tremblant expliquer son hommage.

Bientôt plus libre, il devient plus pressant; Léda s'émeut sous l'aile qui la presse, Et chaque plume est un trait qui la blesse; L'eau n'éteint point le feu qu'elle ressent ; De cet amour la nouveauté l'étonné; Elle combat, fuit, reçoit et pardonne Les attentats d'un bec trop amoureux ; Jupiter touche au comble de ses vœux; Léda gémit, l'onde écume et bouillonne, L'aigle triomphe, et le cygne est heureux.

NAYA

FUYONS, Égléf les constantes amours.

Né dans leur culte, orateur de leur temple, J'en ai prescrit, j'en ai donné toujours, Zélé martyr, le précepte et l'exemple.

Mais à te voir sans cesse soupirer, Trôner les fers d'une habitude usée, Languir, sécher, jaunir pour honorer Un Céladon, et peut-être un Thésée; Ce fanatisme est trop fou pour durer.

L'amour éteint, la constance m'étonne.

Vois les ennuis dont l'essaim t'environne; Vois tes beaux jours de nuages couverts, Tes lis accrus des roses que tu perds.

Et ton avril peint des traits de l'automne.

Finis, l'amour est un dieu qui pardonne ; Tous ses trésors te sont encore ouverts.

D'un sort plus doux je te peindrai l'image, Écoute, Églé, l'apologue ingénu,

2y> Poésies de Gentil-Bernard,

D'une naïade et sensible et volage.

C'est de Paphos que le conte est venu :

Aux pieds du Pinde une onde vive et pure Natt d'une source, où Naya prend son cours Tel est son nom; l'indulgente Nature Doua son cœur des faciles amours. £lle eut aussi mille attraits en partage; Un voile humide et mouillé de ses eaux Marquoit le nu des trésors de son âge ; Ses longs cheveux enlacés de roseaux Étoient ornés des fleurs de son rivage.

Telle à sa source, et tout près d'un hameau, Naya revoit : le berger le plus beau Vint, soupira, lui dit qu'elle étoit belle.

Comme l'objet l'hommage étoit nouveau ; Un cœur tout neuf n'y put être rebelle.

Atis formoit les sons les plus touchants Et le berger modula son martyre Tant et si bien, qu'à l'aide de ses chants L'oreille au cœur acheva de tout dire.

L'heureux berger ne quitta plus Naya; Elle brûla d'une ardeur assez vive, Mais, ou l'amant, ou l'amour l'ennuya :

Non, pas l'amour. La naïade attentive, Suivant de l'œil son onde fugitive.

Se dit un jour : Quel caprice léger La meut sans cesse et l'invite à changer ?

Où la conduit cette pente éternelle ?

C'est le plaisir, qui, sans doute, l'appelle ; La nymphe ainsi prit goût à voyager.

Poésies diverses, 291

Naya quitta le hameau, la prairie Et le berger; la pelouse fleurie L'engage à suivre un sentier différent.

L'un de ces dieux qu'avec Pan l'on révère Lance sur elle un coup d'œil dévorant, Vole et la suit d'une course légère, Jusqu'en son lit porte un pied téméraire, Fait bouillonner la surface des eaux, L'atteint, l'embrasse, et, malgré sa colère, L'étend aux pieds de ses foibles roseaux.

C'étoit un dieu, qu'eût pu la résistance ?

Son offenseur lui fit aimer l'offense, Le lieu lui plut ; elle y revint cent fois..

Je ne sais quoi d'agreste, mais d'aimable Rendoit le faune au berger préférable.

Tantôt au bain, tantôt au fond des bois, Naya rendit grâce au ciel du voyage.

Mais le Sylvain étoit jeune et volage ; Mille beautés partageoient ses amours ; Elle eh gémit et quitte ce rivage, Pour voir encore où peut aller son cours.

Près de ces bords, où le lit de son onde, En se perdant^ touche au sable des mers, Naya fixa sa course vagabonde Et contempla ces spectacles divers.

Triton voguoit sur la plaine azurée :J Près de son char les filles de Nérée Par mille jeux l'enflammoient tour à tour.

Seule, sans faste et cachant son amour, Naya parut; Naya fut adorée :

Voilà la nymphe en déesse honorée.

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