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LES AMANTS GÉNÉREUX

PRÈS de Tempe, ce fortuné séjour, Lieu favori de Paies et de Flore, Le jeune Hylas, Églé plus jeune encore.

Tous deux épris, se cachoient leur amour.

Tous leurs discours n'étoient qu'un regard tendre. Leur feu contraint ne pouvoit s'exhaler ; Le simple Hylas n'eût jamais su parler :

S'il eût parlé, l'eût-elle su comprendre ?

Mais tôt ou tard, où le désir sera, L'âge et l'amour instruiront l'innocence.

Un jour enfin le hasard les tira De ce néant où dormoit leur enfance.

Sous un feuillage, aux plus paisibles lieux, La jeune Églé se reposoit à l'ombre :

Hylas survint, Hylas de tous ses yeux La contempla sous le feuillage sombre.

Vénus, ô toi que nous servons si peu !

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Tandis qu'Églé sur ce gazon sommeille.

Si tu permets que ma bouche de feu Prenne un baiser sur sa bouche vermeille, Je te le jure, ô divine Cypris !

Je lui Élis don de deux pigeons chéris, Pareils à ceux qu'on t'élève à Cythère.

Le vœu fut fait et le baiser fut pris.

D'un sommeil feint profita la bergère.

Et le soir même elle en reçut le prix.

Le jour suivant Églé dormoit encore :

Le berger vint et ne s'endormit pas ; O dieu d'amour I vois tout ce que j'adore.

Je te demande un seul de tant d'appas.

Ah ! si je puis, sans qu'Églé le ressente, Coulant ma main sous ce corset jaloux, La promener sur sa gorge naissante !...

Pour un larcin si secret et si doux.

Je lui promets le beau mouton que j'aime.

Endors, Amour, endors Églé toi-même.

Hylas trouva le plus profond sommeil ; Il vit, toucha, prit, parcourut sans peine Le sein d'Églé qui retint son haleine, Et jusqu'au bout suspendit son réveil.

Sous ce berceau, la timide bergère Le lendemain craignit de se revoir ; Elle craignoit, mais brûloit de savoir Le don qu'Hylas pouvoit encor lui faire.

Elle y vint donc, il y revint aussi.

Dieux immortels, je la retrouve ici !

25)6 Poésies de Gemil^Bernard.

Faites, grands dieux, sans lui causer d'alarmes,

Que dans ses bras, par les nœuds les plus forts.

Je puisse enfin jouir de tous ses charmes !

Vous le savez : hélas ! pour tous trésors.

Je n'ai qu'un chien, Églé, je te le donne.

Oh ! de quel somme Églé dormit alors !

A quel espoir le berger s'abandonne !

En un instant tout cède à son effort ;

Et plus il ose, et plus elle s'endort.

Un trop beau rêve occupoit la donneuse ;

Et vous jugez que dans l'instant qu'Hylas

Ferma les yeux dans l'extase amoureuse.

Les yeux d'Églé ne se rouvrirent pas.

On les ouvrit quand les songes finirent.

Au fond du bois le berger s'égara;

Le chien resta ; le soir ils se revirent :

Églé rougit, le berger soupira.

Ils étoient seuls, sans soupçon, sans alarme ;

Enfin l'amour avoit rompu le charme :

Qudque éveillée, Églé s'abandonna.

Du jeu d'amour connut toute l'ivresse ;

S'il fit encore un don à sa tendresse,

La prompte Églé rendit ce qu'il donna.

Pleine à son tour d'une ardeur inquiète,

Églé lui dit : Je sais que je te doi

Ces deux pigeons, premier don de ta foi ;

Mais conçois-tu mon alarme secrète ?

S'ils s'envoloient ! c'est trop de soin pour moi :

Je te les rends ; c'est à toi de connoître

Le prix charmant que j'exige pour eux.

Il s'en douta, les racheta... tous deux ;

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De ses pigeons il fut bientôt le maître.

L'instant d'après que ce point fut réglé,

Le beau mouton vint à l'esprit d'Églé.

Doit- on ainsi dépouiller ce qu'on aime ?

De tous tes pas compagnon assidu,

Tu te plaisois à le nourrir toi-même;

Je te le rends : le mouton fut rendu.

Le chien restoit. Raison toute nouvelle,

Ordre absolu de reprendre ce don.

On n'a qu'un chien, c'est la garde étemelle

De son troupeau qui reste à l'abandon.

Mon cher Hylas, reprends tout, lui dit-elle,

Et je. te donne un baiser de retour :

Je ne veux rien d'un amant que l'amour ;

Ton cœur suffit, si ton cœur est fidèle.

Ce don à faire avoit coûté bien peu;

A le reprendre il coûta davantage :

Le pauvre Hylas ralentit son hommage

Et se fit presque une affaire d'un jeu.

Il s'endormit à côté de la belle,

Qui, ne cherchant qu'un prétexte nouveau,

En soupirant disoit encore en elle :

Que ne m'a-t-il donné tout son troupeau !

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