LES ORGIES
Citte pièce a été faite à /'occasion d'une scène aperçue à travers des fenêtres med fermées.
ON se souvient que, captive en des rets, Vénus parut en attitude honnête; Le dieu du jour, qui l'observa de près, Se repentit d'avoir troublé la fête.
Depuis ce temps, tous mystères d'amours.
Gentils ébats, pieuses liturgies.
Lui sont plaisirs interdits pour toujours.
Pour célébrer les nocturnes orgies, Amour attend qu'il ait fini son cours, £t ses bons tours ne se font qu'aux bougies.
Un jour Phébus, tout plein de ses regrets.
Lui dit : € Faut-il qu'un éternel mystère A mes regards dérobe tes secrets.
Que la nuit seule en soit dépositaire ?
Oublie, Amour, que mes yeux indiscrets Ont dévoilé les plaisirs de ta mère :
Poésies diverses, 209
J'ai beau tout voir, il est certains attraits...
Ah ! cher ami, fais que je les éclaire.
— Je le veux bien, dit le dieu de Cythère ;
Dans mon domaine il se trouve un palais,
Sérail commode, où tu peux t'introduire ;
J'y vais ; suis-moi, j'ouvrirai les volets* »
Uenfant malin qui cherche à le séduire
Le mène droit, non dans ces lieux sacrés,
Des vrais amours asile inviolable.
Où tout respire une tendresse aimable;
Mais dans ces lieux des Grâces ignorés,
Réduit infect de la luxure impie.
Vieux temple où gît la mollesse accroupie,
Repaire enfin où se sont retirés
Amours bâtards à Lampsaque adorés.
Phébus y voit des prêtresses lascives.
Qui provoquoient des satyres en feu.
€ Arme ton char des flammes les plus vives,
Lui dit TAmour, et nous verrons beau jeu. »
Phébus agit, pénètre, s'insinue.
Bras découverts et gorge à demi nue
S'offrent d'abord ; ornements superflus,
Voiles fâcheux ne tiennent déjà plus ;
Lieu plus secret, nudité moins connue
S'ensuit bientôt, et l'ardeur continue
Tant et si bien, qu'à la fin aux regards.
Spectacle entier s'offre de toutes parts.
Lubricité, qui préside à la fête.
S'en applaudit et soudain leur apprête
D'antiques jeux inconnus de nos jours ;
Du temps des Grecs, Vénus aux belles fesses
joo Poésies de Gentil'Bernard.
Avoit un temple, où d'impures prêtresses Sacrifioient au plus vil des amours :
Tel sacrifice, en pareil sanctuaire, Convenoit fort Phébus avec horreur Voit célébrer ce profane mystère.
J'ai cru trouver les Grâces et ta mère, Perfide amour, quelle étoit mon erreur !
Je crois ici reconnoître au contraire Les noires sœurs, compagnes de Cerbère.
D'un vain éclat, vous, qui fûtes frappés, Pendant qu'ici je fais tomber les masques De vils objets, d'adorateurs fantasques, Venez, mortels, et soyez détrompés.
Le dieu finit, et ses mains irritées Ont à nos yeux arraché le bandeau.
Ribauds punis, Laïs décréditées.
Une autre fois tirez mieux le rideau.