‹ Poésies choisiesChapitre 16 sur 70 · SCENE IV FLORISE, GÉRONTE · texte numérisé non relu

SCENE IV FLORISE, GÉRONTE

FLORISE

Je ne sais ce que j'ai, tout m'excède aujourd'hui Aussi c'est vous... hier...

GÉRONTE.'

Ouoi donc ?

68 Poésies de Gresset.

FLORISE

Oui, tout l'ennui Que vous m'avez causé sur ce beau ma:

Dont je ne vois pas bien l'important avantage, Tous vos propos sans fin m'ont occupé l'esprit Au point que j'ai passé la plus mauvaise huit.

GÉRONTE

Mais, ma sœur, cl- parti...

FLORISE

Finissons là, de grâce :

Allez-vous m'en parler ? je vous cède la place.

Un moment : je ne veux...

FLORISE

Tenez, j'ai de l'humeur, Et je vous répondrois peut-être avec aigreur. Vous savez que je n'ai de désirs que les vôtres : Mais, s'il faut quelquefois prendre l'avis des autres, Je crois que c'est surtout dans cette occasion. Eh bien ! sur cette affaire entretenez ("léon : I un ami sensé, qui voit bien, qui vous aime.

S'il approuve ce choix, j'y souscrirai moi-même. Mais je ne pense pas, à parler sans détour-. Qu'il soit de votre avis, comme il en est toujours D'ailleurs, qui vous a fait hâter cette promesse Tout bien considéré, je ne vois rien qui p

Le Aie chant. 69

Oh ! mais, me dites-vous, on nous chicanera : Ce seront des procès ! Eh bien ! on plaidera. Faut-il qu'un intérêt d'argent, une misère, Xous fasse ainsi brusquer une importante affaire ? Cessez de m'en parler, cela m'excède.

GÉROXTE.

Moi!

Je ne dis rien, c'est vous...

FLORISE

Belle alliance !

GÉROXTE.

Eh ! quoi...

La mère de Valère est maussade, ennuyeuse, Sans usage du monde, une femme odieuse : Que voulez-vous qu'on dise à de pareils oisons ?

GÉROXTE.

C'est une femme simple et sans prétentions, Qui, veillant sur ses biens...

FLORISE

La belle emplette encore Que ce Valère ! un fat qui s'aime, qui s'adore.

GÉROXTE.

L'agrément de cet âge en couvre les défauts :

yo Poésies de Gressct.

Eh ! qui donc n'est pas fat ? tout l'est jusques aux sots. Mais le temps remédie aux torts de la jeunesse.

FLORI 51

Non : il peut rester fat ; n'en voit-on pas sans cesse Oui jusqu'à quarante ans gardent l'air éventé, Et sont les vétérans de la fatuité ?

GÉROXTE.

Laissons cela. Cléon sera donc notre arbitre. Je veux vous demander sur un autre chapitre Un peu de complaisance, et j'espère, ma sœur...

FLORISE

Ah ! vous savez trop bien tous vos droits sur mon cœur.

(. )'. ROXTE.

Ariste doit ici...

Votre Ariste m'assomme ; C'est, je vous l'avouerai, le plus plat honnête h< mime...

GÉRl'N T i .

Ne vous voilà-t-il pas ? j'aime tous vos amis; Tous ceux que vous voulez, vous les voyez admis : Et moi, je n'en ai qu'un, que j'aime pour mon compte; l-.t vous le détestez : oh ! cela me démonte. Vous l'avez accablé, contredit, abruti; Croyez-vous qu'il soit sourd, et qu'il n'ait rien senti, Quoiqu'il n'ait rien marquer Vousautresj fortes têtes,

Le Méchant. yi

Vous voilà ! vous prenez tous les gens pour des bêtes, Et, ne ménageant rien...

Eh mais ! tant pis pour lui, S'il s'en est offensé ; c'est aussi trop d'ennui S'il faut, à chaque mot, voir comme on peut le prendre; Je dis ce qu'il me vient, et l'on peut me le rendre ; Le ridicule est fait pour notre amusement, Et la plaisanterie est libre.

GÉRONTE

Mais vraiment, Je sais bien, comme vous, qu'il faut un peu médire. Mais en face des gens, il est trop fort d'en rire. Pour conserver vos droits, je veux bien vous laisser Tous ces lourds campagnards que je voudrais chasser Quand ils viennent : raillez leurs façons, leur langage, Et tout l'arrière-ban de notre voisinage ; Mais grâce, je vous prie, et plus d'attention Pour Ariste : il revient. Faites réflexion Qu'il me croira, s'il est traité de même sorte, Un maître à qui bientôt on fermera sa porte : Je ne crois pas avoir cet air-là, Dieu merci. Enfin, si vous m'aimez, traitez bien mon ami.

Par malheur, je n'ai point l'art de me contrefaire. Il vient pour un sujet qui ne saurait me plaire, Et je lui manquerais indubitablement :

Je ne sortirai pas de mon appartement.

J2 Poésies de Gressel.

GÉRONTE

roit une scène.

FLORISE

Eh non ! je ferai dire Que je suis malade.

GÉRONTE

Oh ! toujours me contredire !

FLORISE

Mais, marier Chloé ! mon frère, y pensez-vous ? Elle est si peu formée, et si sotte, entre nous...

GÉRONTE

Je ne vois pas cela. Je lui trouve, au contraire,

De l'esprit naturel, un fort bon caractère;

Ce qu'elle est devant vous ne vient que d'embarras.

On imagineroit que vous ne l'aimez pas,

A vous la voir traiter avec tant de rudesse.

Loin de l'encourager, vous l'effrayez sans cesse,

Et vous l'abrutissez dès que vous lui parlez.

Sa figure est fort bien d'ailleurs.

FL0R1 Si .

Si vous voulez.

Mais c'est un air si gauche, une maussaderie...

GERONTE, élève la voix, apercevant Lisette.

Tout comme il vous plaira. Finissons, je vous prie.

Le Aie chant. y-y

Puisque je l'ai promis, je veux bien voir Cléon,

Parce que je suis sûr de sa décision.

Mais, quoi qu'on puisse dire, il faut ce mariage;

Il n'est point pour Chloé d'arrangement plus sage.

Feu son père, on le sait, a mangé tout son bien;

Le vôtre est médiocre, elle n'a que le mien :

Et quand je donne tout, c'est bien la moindre chose

Qu'on daigne se prêter à ce que je propose.

Il sort.

FLORISE

Qu'un sot est difficile à vivre !

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