PRIEZ DIEU POUR LE REPOS DE SON AME
Entre les deux dernières lignes sont gravées les armes du poète : de giteules au chevron de sable. Sa pierre tombale est aujourd'hui placée dans le dallage de la partie nord du transept de la cathédrale d'Amiens.
Une feuille du temps 2 qui n'était inféodée à personne et le voyait sous le jour où il apparaissait aux indifférents, c est-à-dire au public en général, le juge d'une façon qu'on petit encore accepter. « Ce poète, dit le rèdac-
1. Magasin encyclopédique, t. Ier, p. 108, année 1795. •.:. LEspion anglais, t. VI, p. 253, lettre XII.
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leur de l'Espion anglais, d'un caractère original, fera toujours honneur èi la France, et l'amabilité répandue dans ses écrits qui portaient tous ceux qui le lisaient à
s'intéresser à sa personne et à désirer d'être de ses amis, l'a fait regretter infiniment. Or on se plaît à causer de sa douleur et à en perpétuer le souvenir par tous les détails qui rendent sa mémoire précieuse ; mais il n'est pas toujours aise de les recueillir et Gressct vivait depuis si longtemps dans la retraite et sans relations avec la capitale, que j'ai eu toutes les peines du monde éi recueillir sur lui quelque notice légère... Tout le monde sait que Gressct avait commente par être jésuite, mais ce que peu de gens ont observe, v'est qu'il est le premier jésuite qui ait fait des vers françois dignes d'un homme du monde. On ne croiroit jamais que Ver- Vert fût ne dans un cloître ; on sent dans la Chartreuse et dans les Ombres cette philosophie douce et aimable dont M. de Voltaire seul fournissait alors des modèles dans ses fugitives i aussi l'envie se déchaîna-t-clle bientôt contre un mérite d une espèce nouvelle dans l'or à-
Ceci est de trop. Ce n 'est pas de l'institut des jésuites que lui vinrent les persécutions. L'Espion avance que le héros du Méchant aurait été le marquis de Vintimille, et « celui-ci ne s'en défendait pas beaucoup ; il déclara qu'éi quelques traits près, moins dans le genre du méchant que du scélérat, il n'aurait pas été fâché de ressembler èi Clèon *. Il est probable que Gressct n'a pas eu souci du marquis de Vintimille. bien qu'il l'ait laissé dire. Il a pris un peu partout et accroché ses observations personnelles, comme font les dramaturges, au caractère qu'il avait en vue de par 'traire.
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Sa nomination à l'Académie française, s'il faut en croire l'Espion, attrait donné lieu à cette èpigramme de Piron :
En France, on fait par un plaisant moyen Taire un auteur qui d'écrits nous assomme. Dans un fauteuil d'académicien, Lui quarantième, on fait asseoir mon homme : Puis il s'endort et ne fait plus qu'un somme ; Plus n'en avez phrase ni madrigal ; Au bel esprit, le fauteuil est en somme Ce qu'à l'amour est le lit conjugal.
L'Espion ajoute que, par une fatalité singulière, la prophétie de Piron se réalisa dans le cas de Gresset. Sa langue trop aiguisée lui avait occasionné des déboires de plus d'une sorte : il devint circonspect. Il reno?iça au théâtre, sinon à la culture des lettres. On a contesté la sincérité de sa conversion. Il briguait l'emploi de précepteur « du feu duc de Bourgogtie ». On ne connaît aucun fait précis qui autorise cette conjecture et l'Espion avoue que la constance du poète dans son attitude de converti, n'est pas propre à justifier chez lui le soupçon d'hypocrisie. L'Espion raconte et commente l'aventure arrivée à Gresset en 1774. Il s'agit d'un discours relatif à l'Influence des mœurs sur le langage, prononcé dans une séance de l'Académie française durant un court séjour que Gresset fit à Paris. Peut-être voulait-il flatter la dévotion connue de louis XVI, par une sortie contre les encyclopédistes et la décadence du talent provoquée par l'effet de leurs doctrines. Gresset, courbé sous le poids des ans, n 'avait plus la touche spirituelle et légère de sa eunesse. Il ânonna, «fit une caricature, dit d'Alembert,
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que le public vit avec douleur, mais avec un silence respectueux ». L'Espion insiste sur les suites de cet échec. Gresset lui aurait dû la perte de sa réputation. C'était un hasard; le sort Pavait <mme directeur de
l'Académie : « Il profita de cette occasion pour épancher sa bile sur les ridicules et les vices qui l'avoient révolté à son arrivée dans cette capitale. Mais ce n'étoit plus le même peintre ; il fit des caricatures et non des portraits. Il avait perdu le point de vue de l'optique et son exemple prouva qu'il faut vivre dans le grand monde pour le bien saisir et en rendre des tableaux avec ces traits propres, ces couleurs locales qui varient continuellement. » Est-ce que Gresset vivait dans le monde quand il écrivit Ver- Vert ? L'âge l'a affaibli ; il n'a plus le pinceau de jadis, voilà tout.
L'Espion cite quatre î'ers de l'un des deux chants perdus que Gresset voulait ajouter à Ver- Vert :
L'une découpe un agnus en losange, On met du rouge à quelque bienheureux, L'autre bichonne une Vierge aux yeux bleus Ou passe au fer le toupet d'un archange.
Ils auraient avantageusement figuré dans Ver- Vert.
L'Espion regrette la destruction du poème de l' Abbaye ; heureusement, il laisse un autre poème intitulé le Gazetin. l:nfin il termine par un distique latin en guise d'èpitaphc de l'auteur de Ver-Vert :
Hune lepidique sales lurent, vener'esque puà Sed prohibent mores ingeniumque mort.
A cent ans de distance, on ne saurait avoir qu'ion
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idée très imparfaite de la réputation dont Gresset a joui de son vivant et qu'il a gardée intacte jusqu'à l'avènement de l'école romantique vers 1820. L'école romantique a enterré la plupart des écrivains du xvme siècle, au milieu des huées et des imprécations. Gresset est une de ses victimes. On a fait depuis quelques éditions de ses œuvres choisies; sa persoJine n'a été l'objet d'aucune étude. Lorsqu'il mourut, une légion d'historiens se mit à dépecer sa mémoire. Il en a eu autant que Machiavel ou Frédéric II. Il suffira d'en citer quelques-uns. Ce sont, par ordre chronologique : i° Vie de Gresset par le père Daire, 1 vol. in-12, Paris, Berton, 1779; 20 Eloge de Gresset par Diannyère, 1 vol. i?i-8°, Paris, 1784; 30 Éloge de Gresset par Noël, 1785 : cet éloge a obtenu le prix proposé par l'académie d'Amiens en 1785; un deuxième mémoire non couronné, et signé d'un avocat au parlement, est dû, à ce que l'on croit, à Maximilien Robespierre, qui n'était pas alors aussi célèbre qu'il l'est devenu j 40 Eloge de Gresset par Mèrard de Saint- Just, 1 vol. in-12, Paris et Londres, 1785; 5° Éloge de Gresset par Bailly, 1 vol. in-8°, Genève 1785; 6° Essai historique sur la vie et les ouvrages de Gresset par Louis de Cayrol, 2 vol. in-&°, Paris et Amiens, 1845, avec portrait.
On peut consulter de plus, outre plusieurs notices placées en tête de diverses éditions des œuvres, un article intéressant de Sainte-Beuve dans la Revue des Deux Mondes, u° du 15 septembre 1845, la biographie de Gresset par Laporte dans la Biographie universelle de Michaux, et surtout celui que M. de Pongerville lui a consacré dans la Biographie générale Didot.
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// y a peu £ écrivains de notre langue qu'on ail autant lu et réédité que Grcsset. Dans l'impossibilité matérielle de fournir ici une bibliographie complète de ses œuvres, nous nous contenterons d'indiquer les éditions originales de ses principaux écrits, et les meilleures éditions de ses œuvres collectives, dans l'ordre chronologique oh elles ont paru.
VER-VERT
Ver-Vert, poème en quatre chants, i vol. in-I2. La Haye, Guillaume Niégeard, 1734. Cette édition, qui est la première, ne contient que 655 vers.
Ver-Vert, poème en quatre chants, I vol. in-12. La Haye, Guillaume Niégeard, 1735. Ceci est la seconde édition. Elle renferme 703 vers. Les éditions postérieures, à partir de 1735, en ont 715. Quelques-unes méritent une mention :
Ver-Vert, ou tes Voyages du perroquet de Never, poème héroïque. Amsterdam, 1735, 1 vol. in-12.
Ver-Vert avec la traduction en vers latins, 1 vol. in-8°. Paris, d'IIoury, 1752.
Ver-Vert, traduit envers latins (par Thévenot) avec le texte en regard, suivi de la traduction en vers français de a paraphrase huitième (sic) par Théod. de Bèze, I vol. in-8° de 40 pages. Troyes. 181 1.
Ver-Vert, poème, suivi de sa critique, comédie en un acte, du Lutrin vivant et du Carême impromptu, I vol. in-18 avec deux planches lithographiées. Paris, A. Leroux. Il!22.
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