CLÉO.V
Je m'en rapporte au vôtre; Vous vous y connoissez tout aussi bien qu'un autre : Prenez qu'on m'a surpris et que je n'ai rien dit ; Après tout, je n'ai fait que rendre le récit De gens qu'il voit beaucoup ; moi, qui ne le vois guère Qu'en passant, j'ignorois le fond du caractère.
L& Méchant. l4*
GERONTE.
Oh ! sur parole ainsi ne louons pas les gens :
Avant que de louer j'examine longtemps ;
Avant que de blâmer, même cérémonie :
Aussi connois-je bien mon monde ; et je défie,
Quand j'ai toisé mes gens, qu'on m'en impose en rien.
Autrefois j'ai tant vu, soit en mal, soit en bien,
De réputations contraires aux personnes,
Que je n'en admets plus ni mauvaises ni bonnes ;
Il faut y voir soi-même ; et, par exemple, vous,
Si je les en croyois, ne disent-ils pas tous
Que vous êtes méchant ? ce langage m'assomme :
Je vous ai bien suivi, je vous trouve bon homme.
CLE ON
Vous avez dit le mot ; et la méchanceté N'est qu'un nom odieux par les sots inventé ; C'est là, pour se venger, leur formule ordinaire : Dès qu'on est au-dessus de leur petite sphère, Que, de peur d'être absurde, on fronde leur avis, Et qu'on ne rampe pas comme eux ; fâchés, aigris, Furieux contre vous, ne sachant que répondre, Croyant qu'on les remarque, et qu'on veut les confondre Un tel est très méchant, vous disent-ils tout bas ; Et pourquoi ? c'est qu'un tel a l'esprit qu'ils n'ont pas.
Un laquais arrive.
GÉRON-TE
Eh bien ! qu'est-ce ?
142 Poésies de Gresset.