‹ Poésies choisiesChapitre 68 sur 70 · A MADAME DE · texte numérisé non relu

A MADAME DE

Sur le sage emploi de la vie Une aimable philosophie A trop éclairé votre cœur Pour qu'il puisse me faire un crime De n'accorder point à la rime Des jours que je dois au bonheur.

Je ne m'en défends point, Thémire, La paresse est ma déité ; Aux sons négligés de ma lyre, Vous sentirez qu'elle m'inspire, Et que, d'un chant trop concerté Fuyant l'ennuyeuse beauté, Loin de faire un travail d'écrire, Je m'en fais une volupté; Moins délicatement flatté De l'honneur de me faire lire, Que de l'agrément de m'instruiie

234 Poésies de Gresset.

Dans une oisive liberté.

On ne doit écrire qu'en maître; Il en coûte trop au bonheur; Le titre trop chéri d'auteur Ne vaut pas la peine de l'être j Aussi n'est-ce point sous ce nom, Si peu fait pour mon caractère, Que je rentre au sacré vallon, Moi qui ne suis qu'en volontaire Les drapeaux brillants d'Apollon.

La Musc qui dicta les rimes Que je vais offrir à vos veux N'est point de ces Muses sublimes Oui pour amants veulent des dieux Elle n'a point les grâces fières Dont brillent ces nymphes altières Oui divinisent les guerriers ; La négligence suit ses traces, Ses tendres erreurs font ses grâces, Et les roses sont ses lauriers.

Ici sur le ton des préfaces Et des pesantes dédicaces, Thémire, je ne prétends pas Vous implorer pour mes ouvrages.

Par vous le goûl et les appas Me gagneraient mille suffrag

Mais en faut-il tant à mes vers :

Mes amis me sont l'univers.

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