‹ Poésies choisiesChapitre 127 sur 300 · AMULUS DE 1 K ANC 1 NE. — II · texte numérisé non relu

AMULUS DE 1 K ANC 1 NE. — II

Pour de celle cstrc absent qui iu"a tant affolé, Que j'aynij et j'aynicray et j'ai si fort aymée.

Si je chante parfois, en tristesse dolente Je traîne ma clianson, pareille au triste cliant Que sur le sec rameau la tourtre se branchant En veuvage ennuieux d'une voix triste chante.

Encor le plus souvent je ne sçauroy tirer De ma gorge ma voix, qui tient à ma poitrine ; Ni mesme un seul soupir je ne puis soupirer :

Nv la plume en mes doits ne fait plus son devoir D'écrire le tourment que j'ay pour toy, Francine ; En si piteux estât je suis pour' ne te voir !

Loir, qui léchant les pieds des couteaux Vandomois, Menés ton eau tardive en la terre angevine, Si quelquefois Ronsard à sa chanson divine T'avoit fait arrêter tes flots ravis tout cois ;

Entone, je te prie, dans tes rives ma voix, Que tristement je pousse, absent de ma Francine, Et conduy-la si bien sur ton onde azurine Que sa Cassandre l'oye- où bien souvent tu l'ois,

Quand du long d^ tes bords l'herbe verte elle presse, Sculete rechantant les vers de son amant, Qui comme moy se plaint, absent de sa maistresse.

Fleuve di luy pour moy : Tu n'es seule, Cassandre, Qui consumes un autre et te vas consumant : Francine, qui me prend à moi se lesse prendre.

Las! que c'est un grand mal qu'a\mer d'amitié vravc. Et se voir esloigué d'un long département ■• De celle qu'un amant ayme parfaitement : 0 qu'il caclie en son cœur une cuisante playe!

1. Âcausei[ucjo uc le vois pas '2. L'entendez. (L. : Pour). . 5. Absence (L., élyiu.).

Hclas! à mon grand mal cette douleur j'essaye, A ma grand' perte, hélas ! j'éprouve ce tourment ! Et si je ne veu pas chercher aucunement De faire par moyen que ce doux mal je n'aye.

0 qu'il est malaise, depuis qu'on a ployé Dessous le joug d'Amour, de pouvoir s'en delïaire ! 0 qu'on y a le col étroitement lié !

Mais ô le doux travail quand deux, d'un niesme cœur. Dessous le joug d'Amour, heureux, se peuvent plaire ! Puissions-nous essayer cette douce langueur !

Paris, merc du peuple, ô Paris sans pareille, Mammelle de la France, ô ma nourrice chère, Des Jluses le séjour, et que te doy-je faire Pour hien te saluer des villes la merveille?

iNulle cité du monde à toi ne s'apareille. Mais, comme le soleil sur les astres éclere, Tu luis sur les cités de la terre estrangere : L'eslranger qui te voit tout ravy s'émerveille.

U quel plaisir ce m'est après neuf lunes pleines Te revoir aujourd'huy ! Pleust à Dieu, ville aimée, N'avoir jamais changé au Clain ta chei-e Seine !

Tel venin ne fusl pas coulé dedans mes veines, Telle tlàme en mon cœur ne se fust alumée, Mais, las ! je ne languisse en si plaisante peine !

Mais sans m'en aviser serois-je misérable ? Si me tien-je content : car onques de ma vie Je ne senty mon cœur empoisonné d'envie. Et je loue les dieux qui me font euviable.

Un plus heureux que moy, en un œuvre admirable De legituncs vers, son grand sçavoir déplie, Et face une chanson de luy mesme acomplie. Autant à l'ignorant qu'au sçavant agréable.

Quand est de luoy, >'icot ', je n'entrepren de faire Plus que Dieu ne feroit, qui ne sçauroit complaire A tous, soit qu'où la pluye ou le beau temps il face.

Mon but est de me plaire aux chansons que je chante. Je suis bien fort contant que chacun s'en contante ; Si nul ne s'en contante il faut que je m'en passe.

— Mon Dieu, quel vent si chaud malone le visage - ?

— Nous sommes les Soupirs d'un qu'esclave tu tiens.

— Qu'entan-je ? ô douce voix, dou ^ est-ce que tu viens ?

— De Baïf, ton amant, nous portons un message.

— Que fait-il? que veut-il ? — Il vit en ton servage, Et veut ravoir de toy son cœur que tu reliens.

— Son cœur qu'il m'a donné? — Mais, si tu t'en souviens, Tu promis de luy faire un plus grand avantage.

— Et qui l'a meu si tost de revouloir son cœur ?

— Outre ce que sans cœur il ne pourroit plus estre, Son cœur s'est plaint à luy que tu luy tiens rigueur.

— Ne lay-je pas tousjours tenu connue le mien ? Comment pourroy-je mieux luy donner à cognoistre ? Amenez-luy mon cœur pour ostage du sien.

Si la grande favem*. Chapelain, que la Muse Me faisoit dés l'enfance, eust esté poursuivie. Lorsqu'elle detenoit mon ame à soy ravie, De sa douce fiu^eur en mon esprit infuse ;

Sans qu'Amour le mauvais, qui me guide et m'abuse. Ainsi pour son plaisir eust débauché ma vie, Tel œuvre j'eusse fait, qui portroit peu d'envie A tel qui de ployer dessous l'âge refuse.

J'usse (Apolon aidant) basty si dur ouvrage,

1. L'auleur du dictionnaire que 2. Dialogue entre Francine et les nous citons souvent. Il n'avait Soupii-s de Baîf. que deux ans de plus que Baîf. 5. D'où',

Qu'il cust pu défier des foudres toute l'ire, Et sur moy u'aboiroit d'euvieux telle rage.

Mais Amour ne le veut, ny les beaux yeux de celle A qui Amour donna de moy l'entier empire, Qui ne permettent pqs que ma flàine je celé.

ilonsard. que les neuf Sœurs et leur bande sçavanle Suit comme son Phebus, tousjours la mer Egée, (Mesmc tu l'as chanté) ne tempeste enragée* ; Tousjours de vents hideux l'air horrible ne vente.

Mais le bouillant courroux de ton cœur ne s'alante- L'an s'est changé depuis et point ne s'est changée L'ire que tu conceus pour ta gloire outragée. S'il est vray ce que ment une langue méchante.

Non, je n'ay point mépris, ny ne pourroy inéprendre Envers ton saint honneur : ma Francine j'en jure, J'en jure ses beaux yeux, ses beaux yeux que j'adore.

Par toutes les neuf Sœurs, par ta belle Cassandre, S'elle peut rien sur toy, je te pry, je t'ajure ^, Ne hay plus ton Baïf qui t'aime et qui t'honore.

Doux detlain, douce paix qu'un doux courroux aineiue, Doux regard, doux maintien, doux parler, beauté douce. Doux trait, que dans mon cœur xVmour doucement pousse, Douceur du doux bi'azier de l'amour toute pleine.

Ame, defàche toy, cesse ta plainte vainc Et plus contre ton heur, folle, ne te courrouce ; Mais remercie Amour qui choisist dans sa trousse Le trait, qui d'un doux feu te tient en douce peine.

Peut estre un jour quelcun piqué de douce envie En soupirant dira : Qu'en une douce flame

1. Kousari.1, Odes, IV, xxi (imi- ô. Ou ue prononçait pas le d tant lioiace). Je adjnrer; cet exemple conlirme

Page 1