‹ Poésies choisiesChapitre 139 sur 300 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Comme le pèlerin qui part de sa maison, Ennuie du séjour, pour un voyage faire, Gayement de son gré part en gaye saison :

Premier que- d'estre las, de matin s'avoyant^ Entre ses compagnons sa, maison il deprise, Follement au plaisir du chemin s'égayant ;

Les premiers jours passez, quand ses genoux recrus*

1. Contient 15 pièces, stances 5. Se mettant en voie, en chenu chansons. min (i\'.; Roquef.).

t. Avant que (L.). 4. Fatigués*.

Ne le peuvent porter, il conoist la sottise, Rcgretant sa maison, alors qu'il n'en peut plus.

Ainsi celuy qui entre au passage amoureux. Premier 1 ne trouve rien que douceurs amoureuses, Et premier d'estre pris s'estime bien heureux.

Mais s'il va plus avant jusqu'à goûter d'aimer Et n'estre pas aymé les rigueurs dédaigneuses. Il trouvera l'amour plus que la mort amer. .. [Si]

11 travaille nos cœurs de tourments infinis, Et les maux que nous fait sa tenaille inluimaine Par la mort seulement pourroyent estre finis.

Vien donc, mort désirée ; à toy j'ay mon recours. Douce mort, vien finir et ma vie et ma peine (Car seule tu le peux) par ton dernier secours.

Tu le peux seule, mort, si celle ne le veut Qui vit de me tuer et qui rit de ma plainte Et qui guérir mon mal mieux que toy seule peut.

Mais que sert qu'elle puisse ainsi me secourir S'elle - ne peut sentir de pitié nulle ateinte ? Où vivre c'est malheur, c'est grand heur de mourir.

Madame, pren pitié de la peine cruelle Que je soulTre pour toy : sinon, croy seulement Que je souffre pour toy une détresse telle.

Mais sans sentir au cœur de pitié grandi; ateinte, Ci'oirois tu bien le mal de mon conu tourment? Croiant donc mon tourment donne fin à ma plainte.

Las ! las ! soit que le joUr ciel et terre éclercisse, Je ne per un moment de plaindre et souspirer, Soit que la noire nuit nos manoirs obscurcisse !

Je sou-pire sans fin, sans fin je me lamente, Et je conoy mon mal tousjours plus s'empirer, Plus je pense amortir le feu qui me tourmente.

Connne au vent des soutlets Ion voit dans la fournaise

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