‹ Poésies choisiesChapitre 189 sur 300 · DU PRINTEMS · texte numérisé non relu

DU PRINTEMS

La fi'oidure paresseuse De l'yver a fait son tems :

Voici la saison joyeuse Du délicieux printems.

La terre est d'herbes ornée , L'herbe de fleuretes l'est ; La fueillure retournée Fait ombre dans la foresL

De grand matin la pucelle Va devancer la chaleur Pour de la rose nouvelle Cueillir l'odorante fleur ;

Pour avoir meilleure grâce, Soit qu'elle en pare son sein, • Soit que présent elle im fac(!

A son amy de sa main ;

Qui de sa main l'ayant uc

1. Dans cp petit ctief-d'œuvre l'Idylle de Méléagrc (Àiitli.,l\, loul le fond du tableau, toute la 365). Les stroiihes ô, 4 et .-i soui partie descriptive est imitée de de l'invention de Bail'.

Pour souvenance (ramour, Ne la perdra point de vue, La l)aisant cent fois le jour.

Mais oyez dans le bocage Lo flageolet du berger, Qui agace le ramage Du rossignol bocager.

Vovez l'onde clere et pure Secresper' dans les ruisseaux; Dedans voyez la verdure De ces voisins arbrisseaux.

La mer est calme et bonasse; Le ciel est serein et cler ; La nef jusqu'aux Indes passe ; Un bon vent la fait voler.

Les ménagères a^étes Font çà et là un doux bruit, Voletant par les fleureles Pour cueillir ce qui leur duit -.

En leur ruche elles amassent Des meilleures tleurs la fleur :

C'est à fin qu'elles en facent Du miel la douce liqueur.

Tout resonne des voix nettes De toutes races d'oyseaux :

Par les chams des alouetes, Des cygnes dessus les eaux.

Aux maisons les arondelles, Les rossignols dans les boys.

En gaycs chansons nouvelles Exercent leurs belles voix.

Doncques la douleur et l'aise De lamour je chanteray, Connue sa ilame ou mauvaise Ou bonne je sentiray.

Et si le chanler m'agrée,

i. Se plisser'. 2. Convienl'.

iN'est-ce pas avec raison, Puisqu'ainsi tout se recrée Avec la gave saison ?

GOSSERIE CONTRE LE SOXXET .1. DU BELLAY

DES COMPARATfFS'

Beau bélier bien beslant, belliein-, voire bellime Des béliers les belieurs qui biisleiit en la France, Qui d'un haut beslenient effroyas l'ignorance, Forlieur d'elle qui fut des fortieurs la fortime ;

Bélier, qui vas broutant de l'olive la cime 2, Qui, à ton doux besler de doucniie accordance. Des neuf doctimes sœurs l'excellentime dance Atraisnes ^ du coupeau d'IIelicon le baulime ;

Beau bélier vaillanlime à hurler de la teste, Qui est hardieur de toy, ô gentilime beste. Quand à hurtebclier tu eguises ta corne :

Tout le troupeau frizé de tes femmes s'arreste. Ton berger ententif la couronne t'appreste Et d'un chaperon verd pour recompense t'orne.

VU ROY

Si les voeux et souhels, et les prières belles De tes loyaux sujets esperans un daufin, IN'ont eu pour cette fois leur souhotable fin. Ne laisse d'honorer les Pafques inniiortelles.

1. Nous ne citons ce sonnet gosserie, comme il le dit. Il joue

que pour montrer que, contrai- sur le nom de du Bellay,

rement à ce que l'on a dit, ce 'î- Allusion à l'Olive de J du

n'était aussi de la part de Baïf Bellay,

ijunn simple jeu d'esprit, une ô. Kntraines', attires.

Charlo, reçoy joyeux le présent qui vient d'elles : Vien ta fille chérir. C'est du vouloir divin, Si, plus passionné que bien certain devin, Accomplir je ne voy mes promesses fidelles.

Grâces à Dieu tu vis, et vive se retreuve Ton épouse, tous deux ayant fait bonne preuve Que Dieu vous a bénits de sa fertilité.

Vive Dieu -et mon roy ! Mon cliant d'avant naissance Peut servir dedans l'an pour un daufin de France, Qui naissant me fera chantre de vérité.

LE CHUCAS'

Au temps jadis les oyseaux demandèrent D'avoir un rov, puis entr'eux accordèrent Pour commander d'eslire cet oyseau Que Jupiter jugeroit le plus beau.

Ains que - venir au lieu de l'assemblée Tous les oyseaux vont à l'eau non troublée Des ruisselets se mirer et baigner, Et leur pennage agenser et pi«ner^.

Le noir chucas, qui n'a point d'espérance. Va cauteleux loing aval des ruisseaux.

Sur qui flotoyent les pennes des oyseaux. Qui audessus s'éplumoyent. Par malice Va s'embellir d'un nouvel artifice.

En lieu secret, en un vallon omln-eux.

Dans le courant qui n'esloit guiere creux, Sur un caillou s'assiet et au passage Guette et retient le plus beau du pennage De tous oyseaux, qui plus haut se lavoyent Près des surgeons ■* d'où les eaux derivoyent

1. Corueille. Cl. Esope, Ihi^lre 2. Avanl quo. et La Fontaine : Le geai paré 7>. feignant ' de& plumes du paon. i. Sources"

LES PASSE-TEMPS. — I. ^2r.7

Prend le plus beau, plume à plume le trio. Avec le bec ouvrier s'en approprie.

Le joint, l'ordonne et l'accoustre si bien (Jiie d'arrivée ' il semble du tout sien. Ainsi vestu de plmiiCS empruntées, S'orgueillissant aux poimcs rejectées D'autres oyseaux, se trouve impudemmeni Où s'attendoit le sacré jugement.

Là, Jupiter avec la compagnie Des autres dieux sa présence ne nie; ,\ si haut faict les animaux œlez De toutes parts y estoyent avolez-.

Le cbucas vient : et toute l'assemblée De grand merveille est ravie et troublée, Voyant briller son pennage éclairant De cent couleurs, et luy vont déférant Dedans leur cœur de rencontre première La royauté : Jupiter n'eust plus guiere Tenu sa voix et l'alloit dedarer Roy des oyseaux, sans pouvoir reparer Ce qu'il eust dict : son arrêt ferme et stabli", A tout jamais demeure irrévocable.

Donc le cbucas pour jamais s'en alioit Roy des oyseaux, Jupiter y bransloit"', Sans la chevecbe * : elle qui ne se fie En ses bons veux et ne se glorifie En sa beauté, s'approche du cbucas.

L'épluche bien : 0 le merveilleux cas ! Elle apperçoit la plume qui est sienne. Crie et la prend : « Chacun de vous s'en vienne A ce larron, chacun recognoistra Ce qui est sien, le beau roy devestra De sa beauté. » La chevêche escoutée A grand risée à ce peuple aprestée.

Chacun y vient, sa plume reconoest, Du bec la lire et le chucas dcvest.

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