‹ Poésies choisiesChapitre 242 sur 300 · Indigeucc (M.; L., élym de Souffreteux; Joinville · texte numérisé non relu

Indigeucc (M.; L., élym de Souffreteux; Joinville

Bien justement la vie humaine Sans advocat ni laboureur, Sans maçon, sans apolicaire, Ki médecin et sans notaire ; Sans loy tont iroit en ei'reur.

Qu'il ne soit vray, les Scythes vivent Qui rien que nature ne suivent Sans hastir, planter ni semer.

Mais là où man(jue la justice.

On ne vit là que dans le vice, Sans s'eniraider ni s'entrairaer...[6]

Là, la vie est malencontreuse, Toute la cité malheureuse ; Là, torts, outrages et débats; Là, la religion est nulle; Là, la vertu loing on recule ; Là, le respct est mis en bas.

Qui n'est cordonnier et achette La chaussure qu'un autre a faite Fort bien s'en acomodera.

Qui ne laboure ni boulange D'un boulangier le pain qu'il mange A son besoing achètera.

Mais celuy qui n'a preudhomie, D'autruy ne peut aider sa vie :

Rien d'autruy ne met à profit.

Nul droit à propos ne sçait prendre ; Nul droit à propos ne peut rendre.

Dieu le laissa quand il le fit... [6]

Qui n'a ni maison ni ménage Ni cheval en cherche à louage Ou l'emprunte de qui en a ; Mais qui n'a bon sens en sa teste En recouvrer n'est chose preste ' .

Nul jamais bon sens ne dona...[j0j

Vertu ne gist pas en parade

Aisée, qu'où a à sa disposition".

Comme une vaine mascarade, Où dehors tout est reluisant.

Vertu est d'or toute massive, Non contrefaite, mais naïve, Sous la raison se conduisant.

Philosopliic on est Fecole, Non pour en faire une parole.

A vertu faire, non parler.

La vertu, prou l'ont en la bouche ; A. peu la vertu le cueur touche :

C'est ce qui fait tout mal-aler.

Le sage doit sage paroistre Haut et bas ; grand le grand doit eslre Et fusl-il au fond d'un cavein.

Bellievre, qu'honneur accompagne.

Le nain, fust-il sur la montagne, Ne sera pas autre que nain.

0 sij'avoy de la richesse, Autant que la juste sagesse En souhete pour son besoing.

Je ne fuiroy la compagnie Des iilus grands, où je bai ma vie, •Honteux m'en retirant bien loing.

Au milieu d'eux haute la face Je diroy d'une franche audace Ce qui me poise sur le cueur :

Mais combien que le vrai j'entende, Pauvreté dure me commande Cacher ce que j'ay de meilleur.

Muet je suis, et n'ose dire Que nostrc infortuné navire Court par les vagues emporté.

Dc'jà la voile est abatue ; Nul matelot ne s'évertue ; L'eau perd l'un et l'autre coslé.

Ah ! que c'est chose malaisée

La mer, par la pompe épuisée, En la grande mer reverser.

Aucnns dorment ; autres se cachent; Nuls ne coniparoissent, qui saclient Le péril pressant repousser.

Les bons mariniers qui bien sussent Y remédier s'ils y fussent.

Sont jettez dehors du vaisseau.

Eux pillent tout comme corsaires.

Outrage conduit les afairos.

Tout flote à la merci de l'eau.

L'ordre est perdu. Plus le partage Egalement ne s'y ménage. Rien en connnun n'est manié.

Faquins commandent ; et les pires Audessus des bons font les sires.

Je crein fort que tout soit noyé. ..[42]

Xostre France est tousjours la France : Mais des hommes la mesme engeance Change de façons et de meurs.

Un tems le peuple y fut sauvage :

Depuis par un plus doux usage François polis se font meilleurs.

Est-ce pas une chose estrange, Par un soudain et nouveau change, Que les mauvais deviennent bons?

Et puis par un siècle exécrable Des bons la race abominable Suivre les perverses façons ?...[ôO]

Impudence a chassé Justice.

Vertu fait joug dessous le vice; Tempérance nous ha quitez.

Foy, la déesse vénérable, Charité douce et secourable.

Avec les bonnes déilez,

Vers le ciel ont pris leur volée, Laissant la terre désolée En proye à l'outrage plus fort.

Espérance, déesse bonne,

Seule nous demeure et nous donne

Quelque amiable reconfort.

C'est, ou que la guerre cruelle D'une vengeance mutuelle Ce malin siècle abolira.

Ou que par le destin céleste Un liomme de Dieu celte pesie D'un saint remède guérira [o]

0 qui sera ce brave prince Qui roy de plus d'une province Les peuples unis réglera, Chassant des humains toute injure, Tenant main forte à la droiture.

Qui les mechans debellera ' ?

Qui premier par un clair exemple, Ouvrant à Dieu son digne temple, Voura riionneur saint qui est du?

Abolissant et l'heresie Et l'idolâtre hypocrisie.

Qui le vrai devoir a perdu?... [30]

En bon gueret bonne semence Rapporte fruit en abondance, 0 Mollan, amy de vertu.

En lieu de la semence vraie Mauvais terroer- doinic l'y^raie.

J'ay semé, cueillir puisses-tu.

Sous le soleil rien n'a durée ; Nulle chose n'est assurée ; Tout se change, tout s'enfrefuit.

Faut mourir qui ha pris naissance, Celuy finira (jui commence.

L'un achevé, l'autre on poursuit.

L'un montre ce que l'autre cache ;

i. \iiincra, debellare (ti.). 2. Terroir, selon la proiionc.

L'un a planté, l'autre l'arrache.

Ce qu'avons de grand soing dressé Nous renversons par un caprice.

Nous levons un neuf édifice, Abatons le vieil delessé...[l2]

Âucunefois d'amour extrême Nous aimons, et la chose mesme Que nous aimons alons haïr.

Nous guerroyons à toute outrance :

Nous nous joignons par aliance Ce que nous alions envahir.

La guerre estoit, la paix est faite.

Que l'homiie ait tout tant qu'il souhaite : Comment se peut il contenter Entre choses tant variables.

Contraires, pareilles, mual)les.

Faites pour l'homme tourmenter?... [-24]

Nul ne prévoit son avanture :

Et s'il la prévoit d'aventure Que luy profite la prévoir ?

Nul n'est si puissant qu'il évite Le sort où Ion se précipite.

Rien ne vaut prévoir sans prouvoir '...

Ce qui plus l'esprit me travaille.

C'est lors que je pense qu'il faille Que les bons soufrent tous les maux Deuz - aux méchants : et qu'au contraire Les biens, deuz aux bons j)our bien faire, Se donnent aux plus déloyaux.

Le méchant, qui n'a point de cesse De mal faire, croist en richesse; Tout luy succède à son souhet.

Le bon de bien faire prent peine :

Et semble que sa peine est vaine, • D'autant que fortune le hait.

l)u méchant je sçay, quoy qu'il semble

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