‹ Poésies choisiesChapitre 7 sur 300 · A NOSSEIGNEURS DU PAI'.LEMEXT · texte numérisé non relu

A NOSSEIGNEURS DU PAI'.LEMEXT

« S. H. Jean .\ntoine de Baif et Joachim Thibault, entrepreneurs de l'académie et compagnie de poésie et musique, sous l'authorité et protection du roy, requerans la verificaliou et pulilicalion des lettres obtenues de Sa Majesté pour cette fin que, devant que passer outre à opiner sur la vérification desdites lettres, plaise à la Cour députer douze de messieurs qui font plus de difficulté d'approuver telle entreprise, craignant quelle tende ù corrompre, amolir, effrener et pervertir la jeunesse, pour se trouver dimanche prochain en la maison où se tiendra l'audiioire de l'académie sur les fossez S. Victor au faux-bourg, à telle heure qu'il leur plaira choisir. Et pour, assistans à une espreuve de la poésie et musique, dont est question, en faire rapport à la Cour, afin que selon iceluy soit procédé à la vérification et publication des lettres de l'académie. Et particulièrement prient messeigneurs les premier président et tel des plus anciens conseillers de la Cour qu'il luy plaira nommer, avec monseigneur le procureur gênerai, et l'un des deux advocats du roy, accepter d'estre de nom et de fait reformateurs de l'acade-

xxiT JEAN-ANTOINE DE BAÏF,

mio, pnur avoir l'œil à ce que rien ne s'y fasse h l'advcnir qui soit contre les loix et bonnes mœurs : chose qui advieudroit entièrement contre l'intention desdits entrepreneurs qui désirent et pourchassent que tout s'y fasse pour réunir à l'honneur de Dieu, et du roy, et du nom françois, à l'établissement des bonnes mœurs, sous les loix du royaume et au contentement dé vous messeigneurs.

« Signé : Thibault et de Baïf. »

Sur les conclusions que, dans la séance du 15 décembre, donna la cour à l'examen de ces lettres-patentes et requêtes, nous avons l'extrait, ainsi conçu, des registres du parlement ;

« 'Veucs par la Cour les lettres patentes du roy, en forme d'édict, données au Faux-bourg S. Germain, au mois de novembre dernier, soubs-signées Ch.Îiiles Et sur le rcply. Par le roy. De Nedfvili.e, contenant les privilèges octroyez par iceluy seigneur aux entrepreneurs et auditeurs de l'Académie ou compagnie de yoésie et musique et leurs successeurs, avec mandement à ladite cour de procéder à la verilication d'icclles et des status de ladite compagnie et société, signez desdits entrepreneurs, attachez sous le contrescel de la chancelerie ; les conclusions du procureur gênerai du roy, la roqueste présentée par lesdits entrepreneurs à ce qu'il pleust à ladite Cour députer certains dos prcsidens et conseillers de ladite Cour, avec le procureur gênerai du roy ou l'un des advocals d'ice.luy seigneur pour accepter le nom et fait de réformateurs de ladite' académie et avoir l'ceil à ce que à l'académie il ne s'y fasse chose préjudiciable au désir du roy déclaré par ses lettres ; et tout considéré : Ladite Cour, avant que procéder à la vérification desdites lettres et entérinement de la requeste, ordonne que tant lesdites lettres que requeste seront communiquées aux recteurs et supposts de l'Université de Paris, pour eux oiiis, en ordonner. Fait en Parlement le 15, jour de décembre 1570.

a Signé ; Le Pkevost. »

En conséquence, le oO décembre 1570, à une assemblée gérnle de l'Université, il fut donné connaissance d'une supplique de Baïf, tendant à l'érection de celle académie. Les lettres royales furent lues, ainsi que les articles du rè|ilement'et la requête de Baïf; et le procureur général demanda que ces pièces fussent communiquées aux différentes facultés et qu'on s'assurât, en interrogeant Baïf, s'il voulait se séparer de l'Université ou se soumettre à ses lois. Gui du Faur et Augustin deTliou, avocats du roi, après avoir examiné les lettres et statuts, avaient consenti à la vérification, à condition que, dans cette académie.

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SA VIE ET SES ŒUVRES. xxiii

il ne serait rien chanté contre l'honneur de Dieu et du roi et contre le hien puhlic^

Dans la séance du 22 janvier 1571, le recteur exposa que l'archevêque de Paris, avec lequel il en avait conféré, avait promis de se joindre à l'Université si elle produisait de bonnes et valables raisons contre une telle institution. Il fut donc décidé que chaque faculté examinerait cotte affaire séparément; et, le 15 février, chacune donna son avis par écrit. Mais le roi coupa court à celte interminable discussion en ordonnant la création et l'ouverture de cette académie.

Comme il est dit dans les lettres-patentes, la maison de Baïf, dans laquelle il installa son académie, était située sur les fossés Sainl-Yictor-aux-Faubourgs, c'est-à-dire dans la rue qui, jus- qu'à ces derniers temps, a porté le nom de rue des Fossés- Saint-Victor-. Mais ici nous laisserons la parole à CoUelct, dont nous citerons deux fragments empruntés au manuscrit tic la bibliothèque du Louvre, malheureusement brûlé en 1871 ;

« Le roi Charles IX, dit-iP, qui aimoit Baïf comme un excellent homme de lettres, parmi d'autres gratilications qu'il lui fit, l'honora de la qualité de secrétaire ordinaire de sa chambre. Le roi Henri III voulut qu'à son exemple toute sa cour l'eût en vénération,, et souvent même Sa Majesté ne dédaignoit pas de l'honorer de ses visites jusque en sa maison du faubourg Saint- Marcel, où il le trouvoit toujours en la compagnie des Muses et parmi les doux concerts des enfants de la musique qu'il aimoit et qu'il entcndoit à merveille. Et comme ce prince libéral et magnifique lui donnoit de bons gages, il lui octroya encore do temps en temps quelques oflices de nouvelle création et de certaines coiifiscatiuns qui procuroient à Ba'if le moyen d'entretenir aux études quelques gens de lettres, de régaler chez lui tous les savants de son siècle et de tenir bonne table. Dans cette faveur insigne, celui-ci s'avisa d'établir en sa maison une académie des bons poètes et des meilleurs esprits d'alors, avec los-

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