‹ Poésies complètesChapitre 1 sur 127 · A MA FILLE · texte numérisé non relu

A MA FILLE

W£m toi ce livre, enfant, le livre

De mes jours sombres ou joyeux, Vieux prisonnier que je délivre Quand sa prison lui vaudrait mieux.

J'ai tort sans doute, et je suppose Qu'on sera loin de l'acclamer; Mais il faut faire quelque chose Pour ceux qui doivent nous blâmer;

Ces vers de jeunesse ou d'enfance, Nés pour l'oubli, muet affront, Vinrent au monde sans défense Et sans défense en sortiront;

Leur gloire a subi de longs jeûnes ; A peine eut-elle un envieux; On me disait : Ils sont trop jeunes!

Comme on va dire : Ils sont trop vieux!

Je les aimais pourtant, à l'heure Où dans la nuit, quand tout se tait, La douce muse intérieure A demi-voix me les chantait;

Enfant, tu t'en souviens peut-être, Car souvent tu ne dormais pas, De ton lit blanc à la fenêtre Ta mère allait à petits pas;

De fermer tes yeux sous tes voiles, Longtemps en vain nous l'essayions; Et le ciel était plein d'étoiles, Et le berceau plein de rayons!

Alors, plus loin j'allais écrire, Sous la lampe au pâle reflet, Un vers où manquait ton sourire Mais où mon cœur au moins parlait.

Plus tard, quand tu fus grande et sage, Près de moi tu venais t'asseoir En me disant : « Père, à l'ouvrage! » Et c'était mon repos du soir.

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