CHANSON DU MARIN DE TORCELLO
ien n'est plus simple, par Neptune!
Que le marin à la peau brune, Au bras de fer, Pardonnant aux flots leur caprice, Comme l'on aime sa nourrice, Aime la mer;
Aimons la nourrice féconde, Qui berce au roulis de son onde
Ses fiers enfants, Qui les endort de son chant vague Ou les emporte sur sa vague,
Tout triomphants I
Aimez-la, vous aussi, poètes, Doux rêveurs, âmes inquiètes.
Cœur irrité, Esprit orageux où tout tremble, Car la grande mer te ressemble, Humanité !
Quand Attila sur cette pierre (i) Abaissait sa lourde paupière
Pour y dormir, D'une plainte obscure et profonde Il entendait comme le monde La mer gémir !
Quand Horace, menant son rêve, Venait s'asseoir sur cette grève
Pour méditer, Frère des antiques rapsodes, Il entendait comme ses odes La mer chanter :
Aime la mer, ô jeune fille; Comme un front pur sa face brille
Sous le ciel bleu, Et sa puissante et douce lame A des caresses comme l'âme
Qui cherclie un Dieu;
(i) On montre dans l'île de Torcello, près de Venise, le fauteuil de pierre d'Attila. Horace y est venu aussi.