‹ Poésies complètesChapitre 112 sur 127 · CHANSON DU MARIN DE TORCELLO · texte numérisé non relu

CHANSON DU MARIN DE TORCELLO

ien n'est plus simple, par Neptune!

Que le marin à la peau brune, Au bras de fer, Pardonnant aux flots leur caprice, Comme l'on aime sa nourrice, Aime la mer;

Aimons la nourrice féconde, Qui berce au roulis de son onde

Ses fiers enfants, Qui les endort de son chant vague Ou les emporte sur sa vague,

Tout triomphants I

Aimez-la, vous aussi, poètes, Doux rêveurs, âmes inquiètes.

Cœur irrité, Esprit orageux où tout tremble, Car la grande mer te ressemble, Humanité !

Quand Attila sur cette pierre (i) Abaissait sa lourde paupière

Pour y dormir, D'une plainte obscure et profonde Il entendait comme le monde La mer gémir !

Quand Horace, menant son rêve, Venait s'asseoir sur cette grève

Pour méditer, Frère des antiques rapsodes, Il entendait comme ses odes La mer chanter :

Aime la mer, ô jeune fille; Comme un front pur sa face brille

Sous le ciel bleu, Et sa puissante et douce lame A des caresses comme l'âme

Qui cherclie un Dieu;

(i) On montre dans l'île de Torcello, près de Venise, le fauteuil de pierre d'Attila. Horace y est venu aussi.

Page 1