‹ Poésies complètesChapitre 115 sur 127 · COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE

l dormait. L'empereur dormait. Avec orgueil La grande ville avait reçu le grand cercueil ; Le conquérant, enfin, avait conquis sa tombe, Un caveau qu'on croirait creusé par une bombe, Un dôme sur lequel en longues flèches d'or Le soleil d'Austerlitz semble briller encor ! Il dormait, le héros des luttes olympiques, Le soldat du destin! — Les vétérans épiques, Qu'il soulevait jadis à l'appel de leurs noms, Sommeillaient au soleil près de leurs vieux canons, Et, lorsque ces gardiens des bronzes centenaires Allumaient sur Paris leurs foudres débonnaires

Pour célébrer la gloire ou la chute des rois, L'Empereur restait sourd à ces tonnantes voix; Car, pour le réveiller, ce maître des batailles, Le salpêtre, du bronze ébranlant les entrailles, Ne suffit pas : il faut qu'après le sombre éclair, Le boulet, qui tuera, siffle en refoulant l'air!

Quand un lion captif, que le plus faible brave,

Ne voyant plus trembler, comprend qu'il est esclave,

Il se couche, gardant dans ses yeux presque éteints

L'ombre vague des cieux et des déserts lointains,

Sa crinière s'abat sur son flanc qui s'apaise;

Il sent sur son front vaste une douceur qui pèse ;

Le repos l'envahit lentement, il s'endort...

Tel est Napoléon, prisonnier de la mort.

Le sommeil te tient sous son voile, Lui qui s'enfuyait à ta voix Quand tu comtemplais ton étoile Dans tes grandes nuits d'auh-efois;

Sommeil hostile à la victoire, Qui jamais sur toi ne tombait, Qu'avait pour toi tué la gloire Comme le crime pour Macbeth (i).

(i) Macbeth doth murther sleep. (Macbeth, act. n, se. 3.)

Le sommeil a pris sa revanche, Sire, et sur ton front frémissant Tombe, comme sur une branche, Le soir, un corbeau qui descend.

L'empereur est couché sous ses voûtes paisibles; Près de lui deux esprits, à la foule invisibles. Comme autrefois ses jours, se disputant sa mort, D'un regard de défi se mesurent encor : C'est l'ange de la paix, c'est l'ange de la guerre; L'un, puissant, dédaigneux, plus grand pour le vulgaire, L'autre, doux, souriant, pour les sages plus beau, Courtisent ce cadavre et flattent ce tombeau !

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