‹ Poésies complètesChapitre 38 sur 127 · POUR LES CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

POUR LES CHRÉTIENS

C'est que la sombre histoire elle-même s'imite, C'est que le meurtre immense est la fatale loi, C'est qu'on a vu tomber, sous le ciel annamite, Trente mille martyrs pour la France et la foi !

C'est que, nous le sentons à l'effroi de nos âmes, Peut-être chaque instant fait un martyr de plus, Nos fils livrés peut-être aux tortures infâmes... Non! Dieu sera clément : les voici revenus!

Revenus?... Mais, après leurs angoisses amères, Voyez-les frissonnants, mornes, hâves, blessés;

Mutilés , c'est encor du bonheur pour les mères!

La mère dit : Il est vivant! Et c'est assez.

Mais eux ! le souvenir des jours affreux, les fièvres, L'horreur de se savoir, quand on fut jeune et beau, Infirme, vieux déjà, sans un sourire aux lèvres, Voilà tout ce qu'ils ont! Puis, viendra le tombeau.

Ah ! du moins, dans ce deuil qu'ils peuvent seuls connaî- Dans ces longs désespoirs que cache leur fierté, [tre,] Soulageons leurs douleurs, leur pauvreté peut-être, Payons le prix du sang à qui l'a mérité !

Ici même, voyant sa compagne fidèle Mourir presque de soif après un dur chemin, \e trouvant ni ruisseau ni fontaine autour d'elle, -ieneviève frappa le rocher de sa main ;

L'eau jaillit du rocher, et la sainte bergère Comme sa jeune sœur but l'eau vive à son tour, Pour reprendre bientôt sa marche plus légère Vers Paris que sa foi devait sauver un jour;

La source coule encor de la fontaine blanche... Imitons Geneviève et marchons sur ses pas: Frappons nos cœurs, afin que soudain s'en épanche Une source d'amour qui ne se tarisse pas !

Plus durs étaient les rocs qu'attendrit Geneviève; Ce qui sauvera tout dans ce siècle éperdu, C'est que la Charité lutte et veille sans trêve, C'est qu'un cri de détresse est toujours entendu;

Oui, le salut est là, chrétiens! Aux jours d'épreuve, Même à l'heure où l'espoir semble nous dire adieu, L'obole de l'enfant, le denier de la veuve, Feront pencher pour nous la balance de Dieu !

Page 1