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ET LES BLESSÉS DU TONKIN

LU LE 4 AVRIL l886 AU COLLÈGE DE JUILLY

oète, tout à l'heure, en admirant ces dômes, Beauté de l'art ancien dont vos yeux sont surpris, Je voulais évoquer tout d'abord les fantômes Des poètes, des grands penseurs, des fiers esprits (i);

Pourquoi donc n'ai-je pas cru voir sous les platanes Au détour de ces bois, près de l'étang muet, Louis Racine heureux d'y recevoir Fontanes Ou Berryer rayonnant d'y trouver Bossuet ?

(1) Tous les personnages historiques cités ici, et bien d'autres, furent lés élèves ou les hôtes de Juilly.

Pourquoi donc ai-je vu, par l'œil de la pensée, Ai-je vu seulement, à l'ombre de ces tours, Ceux qui dorment sanglants dans la tombe glacée, Les soldats, les héros ? Pourquoi ceux-là toujours ?

Ici, laissant leur trace, antique monastère, Passèrent ces héros que la gloire étoila... Et leur spectre apparaît au rêveur solitaire ; Pourquoi ceux-là d'abord ? Pourquoi toujours ceux-là ?

Ici le Béarnais se plaisait à descendre,

Et dans ces murs pieux, au bord du petit lac,

Il venait oublier la belle Corisandre,

Sans savoir qu'au retour l'attendait Ravaillac !

Ici Napoléon mit sa main souveraine,

Et quand gronde le vent c'est peut-être sa voix ;

Sous ses tilleuls rêvait Villars après Turenne...

D'où vient que c'est vous seuls, ô guerriers, que je vois ?

Hélas! c'est que, malgré les penseurs et les sages, Notre siècle tragique, expiant son orgueil, Pousse nos souvenirs aux sanglantes images, Nous portons le bonheur lui-même comme un deuil!

Ah ! si je songe à vous, illustres capitaines, 0 héros du passé morts aux champs glorieux ! C'est qu'ils meurent là-bas, sur les rives lointaines, Nos héros d'aujourd'hui dignes de leurs aïeux !

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