LE RÉVEIL TRAGIQUE I
On dit: Scarron vaut mieux! C'est lui le vrai Virgile! Loin des hautains sommets on va d'un pied agile, Et mille fous joyeux, sans crainte et sans remords, Disent : la tragédie et le drame sont morts !
Mais attendez! Un jour, à quelque heure inconnue, Jaillit soudain le feu tragique dans la nue; Changeant de nom, changeant d'aspect, changeant de C'est le même génie et c'est le même feu; [lieu, j
Racine fut jadis Euripide; Corneille, C'est Sophocle endormi qui plus tard se réveille; De l'art longtemps captif soulevant le niveau, Shakspeare, c'est Eschyle éclatant de nouveau; Et là-bas, sous un ciel de soleil et de brume, Quand Shakspeare s'éteint, Victor Hugo s'allume! Et devant ce réveil splendide et solennel, L'homme se dit alors : le drame est éternel!
Hier, nous l'avons vu! Le drame,
La tragédie est de retour;
C'est toi, Racine, qu'on acclame,
Tous les maîtres auront leur tour
Les héroïnes idéales,
Les beautés tristes ou fatales,
Tous les grands blessés du destin, Les Orestes hantés des spectres, Les Andromaques, les Electres, Reviennent de l'exil lointain;
Comme s'ils choisissaient la date Où nos âmes ont besoin d'eux, Ils reviennent, les Mithridate, Les Cid vengeurs et hasardeux; Les voici, les vainqueurs farouches, Les fiers vaincus qui dans leurs bouches Etouffent le cri de douleur; Il rendent le drame à la France, Immortel comme l'espérance, Eternel comme le malheur!
Voilà pourquoi, muse tragique,
La foule hier te revenait :
Dans toi, dans l'art plus énergique,
L'âme de tous se reconnaît.
Ce qu'elle veut, qu'on l'accomplisse!
Malgré la victoire complice,
Malgré leurs chars et leurs clairons,
Traîne, Muse, devant l'histoire,
Traîne les monstres de la gloire,
Les Attilas et les Nérons