TOULOUSE
Ecoute-moi, Paris ! la richesse est jalouse
Quand les cœurs sont troublés et les destins tremblants
Je te dis seulement : Paris, je suis Toulouse,
Et j'ai le deuil au front et la blessure aux flancs!
Je riais au milieu de mes plaines fécondes,
Je faisais le labeur des heureuses cités,
Mon fleuve me prêtait pour servantes ses ondes,
Et les grands pics neigeux m'entouraient de clartés;
Tout à coup, tout à coup, sur cette douce rive, Comme tombe l'éclair, comme l'aigle descend, L'eau hurlante parait, la tombe folle arrive, Et tout est renversé sous le flot mugissant.
Tu connais l'incendie, ô Paris! Ces feux sombres Qui changent une ville en horrible décor, D'abord rouge volcan et bientôt noirs décombres, C'est l'incendie Eh bien, on y sent l'homme encor!
C'est l'homme formidable et méchant, mais c'est Oui, partout où la flamme impie étincela, [l'homme : Et quel que soit le nom dont il faut qu'on la nomme, L'homme s'y reconnait du moins : un homme est là!
Mais l'inondation, la vague furieuse, L'eau qui tombe du ciel et des glaciers géants, Qui croît et qui décroît, toujours mystérieuse, Et qui se perd sans nom aux obscurs océans...