‹ Poésies complètesChapitre 66 sur 127 · LES DEUX VILLES · texte numérisé non relu

LES DEUX VILLES

Rien de l'homme n'est là, pas même sa furie! C'est l'inconnu qui sert une invisible loi, C'est la nature froide et jamais attendrie Qui fait ce qu'elle veut et ne dit pas pourquoi;

L'homme ne peut que fuir dans sa morne épouvante Mais le flot, plus actif, le harcèle et le suit, Et de toutes parts l'onde, implacable et vivante, Assiège les maisons qui croulent dans la nuit :

Pas d'asile et d'espoir! Le fléau fait son œuvre, Le noir démon des eaux frappe tout sans remords, Il saisit la cité dans ses plis de couleuvre, L'étouffé et disparaît.... et mille hommes sont morts/

J'ai vu cela, j'ai vu les mères et les veuves, J'ai vu les orphelins que ce désastre a faits; J'ai vu tous mes trésors engloutis par mes fleuves, J'ai vu les dévoûments et j'ai vu les bienfaits;

Ils se sont bien battus, nos soldats héroïques, Dans cette autre bataille où rien ne les défend; J'ai vu leurs chefs courir, désarmés et stoïques, Et mourir un héros pour sauver un enfant !

Je ne demande rien, ô Paris! Mais regarde : La misère des uns crée à tous un devoir. J'étais riche, je suis pauvre! Que Dieu te garde! Je vivrai de mon deuil et de mon désespoir.

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