DIT PAR M. LASSALLE SUR LE THÉÂTRE DE L'OPÉRA, LE 20 OCTOBRE
a mère est morte hier. Le fils est seul etpleure ;
Quelqu'un entre et lui dit : « Viens Jeune homme : Hâte-toi, l'on attend, et le théâtre est plein, [c'est l'heure, Le concert sera beau! — J'irai, dit l'orphelin, Puisqu'il faut demander à cette gloire amère Un peu d'or pour payer la tombe de ma mère! »
Il partit, il monta sur l'estrade à pas lents Et sur le clavecin posa ses doigts tremblants; Dieu seul voyait ces pleurs! Jamais le jeune maître Ne fut plus grand, jamais plus applaudi peut-être, Et tandis que la foule acclamait le vainqueur, Hélas! il entendait retentir dans son cœur Le cri, le long adieu de l'âme maternelle, Quand l'ange de la mort l'emporta sur son aile! Il rentra plus brisé, plus pâle, plus hagard, Et l'on crut qu'il allait mourir. — C'était Mozart.
Ce jour de deuil et de victoire, 0 Mozart, semble contenir Ta sombre et lumineuse histoire Et t'annonçait ton avenir ; Ame torturée et bénie, Le long martyre du génie Courbera ton front triomphant; Double sort propice et contraire, La gloire te dira : mon frère!
Et la pauvreté : mon enfant !
L'Espérance, l'étoile ardente, Guidera tes pas aujourd'hui; Demain, tu devras, comme Dante, Monter par l'escalier d'autrui; Sur tes projets et sur tes œuvres S'acharneront, lâches couleuvres,