‹ Poésies complètesChapitre 75 sur 127 · LE CENTENAIRE DE DON JUAN · texte numérisé non relu

LE CENTENAIRE DE DON JUAN

Ceux dont l'œil jaloux te suivit, Car ils ont presque autant peut-être La terreur de ce qui va naître Que la haine de ce qui vit !

Qu'importe? l'art sacré t'enlève Loin de tes blêmes insulteurs, Dans l'idéal et dans le rêve. Dans le vierge éther des hauteurs; Musicien, penseur, poète, Tu planes comme l'alouette Et comme l'aigle d'un vol sûr, Bercé dans l'abîme sonore, Enivré d'espace, d'aurore, D'amour, d'harmonie et d'azur!

Alors, ayant vu le mystère

De l'immense sérénité,

Tu descends porter à la terre

Un reflet de divinité.

Et tu mets Dieu dans ton poème,

Ce Don Juan, ton œuvre suprême;

C'est Dieu qui gronde, c'est sa main

Qui vient, dans ton drame sublime,

Broyer le fanfaron du crime,

Le Satan de l'orgueil humain!

0 Mozart, après tant de luttes et de fièvres ; La mort a mis le sceau de gloire sur tes lèvres ;

Des fils dignes de loi viennent en même temps Saluer l'œuvre illustre et jeune de cent ans; Ton art. l'art tout entier, brûle encor de ta flamme, Et l'oreille du monde est pleine de ton âme!

Page 1