DIT PAR M. MOUNET- SULLY, LE 14 AVRIL
e passénemeurt pas. L'arbre s'effeuille et tombe, Mais la racine vit, pleine de sève encor; Son travail lent et sûr change en berceau la tombe, L'arbre renaît avec ses fleurs de neige ou d'or.
Ainsi, l'art ne meurt pas; il renaît de lui-même ; La poésie, après son déclin d'un moment, Apparaît de nouveau dans sa beauté suprême, Et le sommeil du drame est un enfantement ;
Il semblait mort, le vieux théâtre des ancêtres, Ce théâtre Breton, sans rampe et sans décors, Qui voyait accourir nobles, bourgeois et prêtres Et les gens du commun, comme on disait alors ;
On ne les jouait plus, ces Mystères celtiques,
Naïfs comme la foi, fiers comme le devoir,
Dont vous chantiez les vers sous les chênes antiques,
Bergers, en conduisant vos bœufs à l'abreuvoir;
Mais vous n'étiez pas morts, romans, légendes, drames; Mais vous n'étiez pas morts, poètes inconnus : Si vos noms ont péri, vous viviez dans les âmes, Et de plus grands que vous, grâce à vous, sont venus !
Nous vous saluons donc, noble muse Bretonne, Drame simple, art sévère où la foi triomphait ; Vous fûtes le printemps et nous sommes l'automne, Et ce que vaut le fruit c'est la fleur qui l'a fait :
Ce rimeur de Tréguier qui prolongeait sa veille En écrivant des vers oubliés aujourd'hui, Ce poète sans nom peut-être a fait Corneille, Et peut-être Shakspeare est aussi né de lui!
Ils devaient naître ici, les drames héroïques, Bretagne, car chez toi les héros sont chez eux, Et les fronts y sont hauts comme les cœurs stoïques, Terre de Beaumanoir et terre de Brizeux!
Voyez! Au bord des flots ce tombeau solitaire
Que blanchit vaguement la lune à son déclin
Écoutez ! comme nous l'océan va se taire,
Car c'est Chateaubriand qui parle à Duguesclin !