‹ Poésies complètesChapitre 78 sur 127 · DE FORT-DE-FRÂNGE · texte numérisé non relu

DE FORT-DE-FRÂNGE

DIT PAR M,le HADAMARD AU THÉÂTRE-FRANÇAIS (9 OCTOBRE 1890)

l n'est jamais trop tard pour la Pitié. La Foule, Avecchaque heure, avec chaque jour qui s'écoule,

S'en va vers son plaisir, vers sa joie ou son deuil;

D'un espoir ou d'un rêve on se fait un orgueil;

Les misères d'autrui semblent bien vite anciennes,

Et notre cœur étroit ne connaît que les siennes ;

Mais Dieu toujours en tient ouverte la moitié

Pour cette voyageuse auguste, la Pitié.

Que de fois tes bienfaits, ô généreuse France, Des peuples étrangers ont calmé la souffrance! Pour tous ceux qui tremblaient de misère et d'effroi Tu donnais sans compter... Ne compte pas pour toi!

Là-bas, au bord des mers, dont s'embrase la brume, Comme une torche énorme une cité s'allume; Sous la rage du ciel, sous la rage du vent, L'incendie est debout comme un monstre vivant, Et partout, pas à pas, étendant sa conquête, Tordant ses bras en feu sur la rouge tempête, Semble dire aux volcans : « Faites mieux que cela! » — L'œuvre du monstre est faite : une ville était là!

Ici, c'est le cyclone, une fureur qui passe, Qui pousse une charrue immense dans l'espace, Qui laboure les airs et mugit, en semant L'épouvante et l'horreur sous l'obscur firmament! Paysan qui croyais à tes moissons prochaines, La faux de l'ouragan fait sa moisson de chênes;

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