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POUR LES VICTIMES DE FORT-DE-FRANCE

Il emporte tes blés, tes prés verts, ta maison, Et ton champ, dans une heure, a changé d'horizon ! Eh bien! toi qui gémis sur ton seuil solitaire, Sur ton sol dévasté..., regarde sous la terre!

Ils sont là, les mineurs, sous nos pieds, dans leurs puits,

Serfs de la glèbe noire, attachés là depuis

Leur enfance et sachant que ce sera leur tombe;

Au travail! La sueur qui de leurs membres tombe,

La sueur à leurs fronts ne vient pas du soleil!

Leur labeur, à celui de la taupe pareil,

Avance lentement dans ces caves funèbres;

Un seul flambeau pour eux éclaire ces ténèbres,

Un feu qui va peut-être, en un instant, parmi

Ces ombres, réveiller un tonnerre endormi!

Quel crime as-tu commis, homme, pour te résoudre

A chercher dans les flancs de la terre la foudre?

Dieu juste, laissez-moi jusques à vous crier

Pour maudire... Mais non! je ne viens que prier.

Pour les veuves et pour les mères Je viens demander un peu d'or, Afin qu'elles soient moins arriéres Les larmes qui coulent encor,

Pour l'enfant que la douleur navre, Qui voit, de terreur éperdu, Soudain remonter un cadavre Où son père était descendu!

Songeons, en attisant la flamme Et le charbon de nos foyers, Que dans cette fumée est l'âme De tous ces hommes foudroyés;

Songeons que là-bas, dans ces ombres, Le laboureur, joyeux hier, Pleure et hurle sur les décombres Du toit dont il était si fier;

Songeons que la grange et retable Sont détruites, et prélevons Un peu de pain de notre table Pour ceux à qui nous le devons !

Semons nos bienfaits nécessaires, Soyons aussi des moissonneurs; Donnons à toutes les misères, Pour racheter ious nos bonheurs!

Pour vous-mêmes je vous implore, Pour vous les heureux d'ici bas :

Donner, c'est s'enrichir encore D'un trésor qui ne périt pas;

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