‹ Poésies complètesChapitre 82 sur 127 · LA STATUE DE SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

LA STATUE DE SHAKESPEARE

Ils disent au crime vainqueur :

Regarde tomber ta puissance!

Puis, ils disent à l'innocence :

Ange, regarde : c'est ton cœur!

Telle est ton œuvre immense, ô maître,

Poète de l'humanité.

Le plus haut front que Dieu peut-être,

Dans les siècles ait visité ;

Œuvre auguste, sombre et charmante,

Où l'homme rit et se lamente

Dans son espoir, dans son remords,

Dans sa haine dans son envie,

Où le long effroi de la vie,

Fait comprendre et bénir la mort !

Paris, dont la poitrine aspire

Les vents qui viennent des sommets,

Avait Dante : il aura Shakespeare,

Shakespeare est à lui désormais ;

Il est à nous, à tous, au monde;

Il a mis sa trace féconde

Sur chaque peuple d'un pied sûr;

Son œuvre est à tous, tout entière !

L'art sacré n'a pas de frontière,

Pas plus que la mer et l'azur !

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