LA CROIX DE MOUNEÏ-SULLY
| mi, c'est juste! après la fièvre, Après le tourment lent et noir Qui met un frisson à la lèvre.
Et jette au cœur un désespoir,
Après l'heure où le ciel se voile, Pour nous qui luttons et souffrons, Il est bien juste qu'une étoile Un jour s'allume sur nos fronts.
Vous connaissez ces longues transes, Ami, ce doute envahisseur, Ces mystérieuses souffrances Du noble artiste et du penseur;
Labeur terrible ! angoisse immense !
Suivre, dans leurs mille combats, L'amour, la haine, la démence, Toutes les douleurs d'ici-bas;
Trouver, par un effort suprême, Dans le drame, aux profonds détours, Ce que le poète lui-même Rêva sans l'y mettre toujours;
Descendre dans l'âme d'Oreste, Deviner l'énigme d'Hamlet, S'enfoncer dans l'ombre funeste Où le pâle Œdipe roulait;
Savoir sous quel fardeau de crimes, Ame de Néron, tu tremblas:
Saisir, aux heures légitimes, L'épée ardente de Ruy-Blas ;
Voilà votre œuvre, où se dévoile Un art profond qui vient du cœur; C'est pourquoi j'aime cette étoile Qui s'allume au front dn vainqueur.
Décembre 1880.
LES CIGALIÈRES