REPONSE DES CIGALIERS A MISTRAL
erci d'abord, merci pour cet accueil de frère Que par toi le Félibre a fait au Cigalier : Ce n'est pas un rival ; non, amis! au contraire : Ce n'est qu'un fruit nouveau sur le même espalier.
Vous, vous êtes la muse antique et jamais vieille, Sans cesse rajeunie en ses fortes amours, Qui se souvient d'Homère en enfantant Mireille, Et berce l'avenir au chant des anciens jours.
Chacun de vous, au ciel de notre Occitanie, Lance ces vers vibrants comme des flèches d'or ;
2 j8 ŒUVRES COMPLÈTES
Et le Félibre, fier, tendre ou mâle génie, Augmente l'héritage et le commun trésor.
D'où vous vient cette force incessamment accrue.1 C'est que le sol natal aime et retient vos pas ; C'est que, craignant la ville où la foule se rue, Vous chantez la nature et ne la quittez pas ;
Nature au sein profond où vit le grand mystère, Vastes forêts à qui tout poète parla, Vents du soir, confidents du penseur solitaire, 0 poètes heureux, votre génie est là !
Sur le luth plus pesant quand la main est plus lasse, Quand le vers se refuse à naître sous vos doigts, Un rayon de soleil le fait à votre place, Et la brise finit la strophe dans les bois !
Oui, la nature est mère, et la ville est marâtre. Nous le savons, hélas ! nous qui pour sentiers verts, Qui pour nature avons nos décors de théâtre, Et pour soleil le gaz qui fait si mal les vers !
Aussi pour retremper la force et le courage,
Nous voulons, chaque mois, nous, vos frères proscrits,
Ensemble, retrouver, poétique mirage,
Un coin du ciel natal sous le ciel de Paris.