RÉCITÉE A CAEN LE JOUR DE LA FÊTE DONNÉE PAR LA (( POMME
a Pomme a dit à la Cigale :
« Viens à Caen dîner avec moi, « Ma table n'est pas trop frugale, « Je suis gourmande comme toi ; « On s'amuse aux rives de l'Orne, « Sans qu'on y danse le cancan.
« L'esprit normand n'a rien de morne..
— Les Cigaliers s'en vont à Caen.
« Viens, la chanteuse provençale, « Sans redouter un ciel brumeux, « Viens voir au plafond de la salle « Jaillir le bon cidre écumeux ;
« Le cidre est la gaîté de l'homme, « Qu'il vienne d'Auge ou de Fécamp ; « Viens, Cigale, sœur de la Pomme. »
— Les Cigaliers s'en vont à Caen.
« Viens; comme toi je suis poète, « J'ai conçu d'illustres enfants, « Et tout siècle nouveau répète « Leurs noms en échos triomphants ; « Leur force à leur grâce est pareille, « J'ai la colline et le volcan ; « Saluez Malherbe et Corneille. »
— Les Cigaliers s'en vont à Caen.
(( Viens; je n'ai pas la Vénus d'Arle,
« La brune aux regards pleins d'éclairs
« Dont le silence même parle,
« .Mais j'ai les blondes aux yeux clairs ;
« On les voit passer sous mes treilles,
« Aux labeurs utiles vaquant
« Avec un murmure d'abeilles!... »
— Les Cigaliers s'en vont à Caen.
LES CIGALIERS AUX FELIBRES
LU AU BANQUET OFFERT PAR LA CIGALE AUX FELIBRES VENUS A PARIS PENDANT L'EXPOSITION LE 24 OCTOBRE 1878
QJjRfcjf u nom des Cigaliers, salut à vous, Félibres! gBfyj Prenez place avec nous au banquet fraternel, Poètes du Midi, rivaux unis et libres, Travailleurs de l'idée et de l'art éternel ;
Venez dans ce Paris, ruche immense d'abeilles, Spectacle que nos yeux ne croyaient plus revoir, De la science humaine admirer les merveilles Et surtout y chercher l'exemple et le devoir.
0 poètes, parmi ces ivresses, ces fêtes, Ces batailles sans haine et ces gloires sans deuil, Où le vainqueur partage aux vaincus ses conquêtes, Le poète a ses droits comme son juste orgueil.
La science active et féconde Va, des obstacles triomphant, Demander le secret du monde A Dieu qui permet ou défend ; Elle déchiffre les algèbres Comme un pasteur dans les ténèbres Compte ses troupeaux au bercail, Ou dans la nue hospitalière Emporte, sublime écolière, Les outils sacrés du travail !
Poètes, en ce jour pleins de mâle espérance, Dieu nous réserve à tous une gloire ici-bas : C'est d'aimer, de servir, de soutenir la France Dans ses enfantements comme dans ses combats!
Oui, la science, l'industrie,
Fait monter, par un noble effort,
Aux mamelles de la patrie
Le lait qui rendra l'homme fort ;
Elle crie : « En avant sans cesse!
« Ces montagnes, qu'on les abaisse;