LES CIGALIERS AUX FÉLIBRES
« Ces fleuves, ces mers, comblez-les! » Et sa puissance souveraine Donne un jour à la cité reine Un diadème de palais!
Voilà son lot superbe et sa gloire choisie;
Que te reste-t-il donc à toi, dans notre temps)
A-t-on déshérité tes fils, ô poésie?
Et ne sont-ils donc rien que des roseaux chantants?
Non, non ! ils ont leur part dans la grande œuvre à faire; L'Art est le souffle ardent du vaisseau remorqueur; Chanter, c'est travailler, quand le chant est sévère, Quand il sert la patrie en nous haussant le cœur!
Tout ce qui n'est pas fait pour elle est éphémère. Ceux qui la railleraient, frivoles ou jaloux, Ressemblent à l'enfant qui rirait de sa mère : Le rire peut tuer. — Parricide, à genoux!
Grâce à Dieu, la race nouvelle
N'a pas de ces vils persifleurs;
On lutte, on souffre, on meurt pour elle,
Sans accuser la mère en pleurs ;
Aujourd hui, quand son deuil s'éloigne,
Notre allégresse lui témoigne
Un amour plus profond encor;
Chantons sa force rajeunie,
O poètes, et son génie
Dont la paix élargit l'essor!
Que notre voix tendre et fidèle La suive comme aux temps passés; N'ayons que des chants dignes d'elle Ce sera la servir assez!
Aux jours de sanglante épopée La lyre a fait œuvre d'épée... Qu'elle en garde les fiers frissons, Et que la France calme et libre Retienne dans son cœur qui vibre L'écho de nos mâles chansons!