‹ Poésies complètesChapitre 9 sur 127 · JE N AI PAS DE BONHEUR · texte numérisé non relu

JE N AI PAS DE BONHEUR

« Longtemps tout est couvert par le flot qui sourit, o Mais la fange parait quand le fleuve tarit! « Gloire, fortune, honneurs, amours? Choses amères « Je touche les bas-fonds de toutes ces chimères; « Des fanges du passé le souffle empoisonneur « S'élève autour de moi. Je n'ai pas de bonheur! »

Enfant, jeune homme, femme — et toi, vieillard, écoute :

Vous êtes malheureux; vous le croyez, sans doute.

Sommes-nous sûrs pourtant de l'avoir mérité,

Ce bonheur dont chacun se croit déshérité?

Nous disons : C'est un droit. — C'est une récompense!

D'ailleurs l'homme est souvent plus heureux qu'il ne Souvent le but qu'il voit fuir devant son désir [pense;] Lui deviendrait fatal s'il pouvait le saisir : Enfant, toi qui te plains des craintes de ta mère, Ton cheval, que sait-on? te jetterait par terre! Jeune homme, tu te plains qu'on te préfère un sot? D'être le préféré je te plaindrais plutôt ! Le malheur qui t'accable est un bonheur insigne : Ton cœur s'élèvera dans un amour plus digne!

Toi, femme, tu gémis sur ton rêve détruit, L'amour terrestre éteint te fait mieux voir la nuit, C'est bien! connais ainsi la véritable flamme, Rallume au feu divin les lampes de ton âme! Vieillard, devant ces flots qui passent sans retour, Tu comptes les débris de tes bonheurs d'un jour; Tant mieux! Tu peux juger la vanité profonde De nos félicités plus rapides que l'onde; Dieu t'apparaît enfin : plonge-toi désormais Dans le fleuve sans bord qui ne tarit jamais! Toi, candidat battu sur toutes les coutures, Il te reste l'espoir des revanches futures, Il te reste ton rêve, et c'est beaucoup! D'ailleurs, Les bonheurs retardés sont souvent les meilleurs !

Mai 1864.

POUR LA CRECHE

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