‹ Poésies complètesChapitre 91 sur 127 · LE RUISSEAU ET LA RIVIÈRE · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU ET LA RIVIÈRE

« Est-ce un métier que l'on avoue

« De refléter le sable nu

« Ou de faire tourner la roue

« De quelque moulin inconnu ?

« Est-ce une gloire qui nous tente

« De voir, quand les prés fleuriront,

« Sous les arbres ou sous la tente,

« Les Estelles danser en rond?

« Après un triomphe si rare « Tu te perdras sous terre ou bien dans quelque mare; « Voilà ce qui t'attend et ce sera bien fait. » A ces mots le ruisseau disparut en effet.

La rivière écumant de rage, (Car, aux yeux des puissants, qui les fuit les outrage!) Précipite sa course et rencontre bientôt

Un fleuve qui s'empare d'elle

Sans même lui chercher querelle,

Tant la chose était naturelle :' 11 était le plus grand et venait de plus haut. La rivière y perdit son nom avec sa gloire,

Peut-être son orgueil aussi,

Quand une voix lui dit : « Merci!

« Ton sort serait le mien si j'avais pu t'en croire,

« Mais ton exemple me sert mieux. »

C'était notre ruisseau qui, limpide et joyeux, Reparaissait après ces longues flâneries

Qu'un ruisseau fait dans les prairies ; il avait dit son nom aux bois verts, aux fleurs d'or,

Et les tendres échos le répétaient encor; Il s'était dérobé sous les joncs, sous la terre; Ses eaux avaient grossi même dans ce mystère, Et quand on le revit, ce fut un vrai bonheur.

Tout le monde lui fait honneur,

Et le ruisseau poursuit sa course Vers la mer, vers la gloire, aussi pur qu'à sa source. Le nom de ce ruisseau, vous le devinez bien, C'est Florian. Ici je n'ajoute plus rien. Il vous doit ce retour de sa gloire première; Mais on ne m'a pas dit le nom de la rivière.

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