‹ Poésies complètesChapitre 95 sur 127 · LA CHANSON DU FER · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU FER

idier, roi des Lombards, plein d'une peur secrète, Sachant qu'à l'attaquer Charlemagne s'apprête, Monte, suivi d'Ogier le Danois, dans sa tour D'où l'on domine au loin le pays d'alentour. Didier voit tout à coup, vers l'immense campagne, Les chariots des Francs venir de la montagne ; Ni Xerxès ni César n'ont traîné derrière eux De bagages guerriers un amas plus nombreux. Didier, que la terreur de plus en plus dévore, Dit : ce Charle est là sans doute ! » Ogier dit : « pas encore ! » Le roi se ranimant contemple ses remparts Que défendent pour lui ses fidèles Lombards; Il aperçoit alors dans la campagne immense Le défilé des Francs qui toujours recommence, Et cherchant des yeux l'ombre où se réfugier : « Charles doit-être là! — Non, lui répond Ogier,

(i. D'après le moine de Saint-Gall.

Ce n'est pas l'empereur, ce n'est que l'avant-garde. » Bientôt, se répandant dans la plaine lombarde, Les évêques, les clercs, et les comtes, suivant Leur ordre de combat, passent bannière au vent. « Cette fois, Charleest là! dit le roi. — Pas encore ! — Ou'allons-nous devenir, sire Ogier.- — Je l'ignore. » Alors les douze pairs, que chacun par son nom Nommait Ogier, ayant été leur compagnon, Envahissent la plaine, ef le roi Didier pleure : «C'est lui, sans doute enfin! «Ogier dit :« Tout àl'heure!» Soudain, de l'Est, du Nord, du Midi, du Couchant, Une moisson de fer hérisse chaque champ; Le Tessin et le Pô, vers la cité qui tremble, Roulant des flots de fer semblent monter ensemble, L'empereur Charlemagne apparaît! Dans sa main Est la lance de fer qui montre le chemin ; Sa cuirasse est de fer ; il s'arrête tranquille Sur son cheval bardé de fer, près de la ville; Sa barbe blanche sort de son casque de fer; Ses yeux mêmes du fer jettent le sombre éclair; Les rayons du soleil semblent de fer eux-mêmes; Le roi lombard saisi des angoisses suprêmes, Comme jadis Hunald, Lupus et Gaïfer, Crie en tremblant : « Du fer! du fer! partout du fer! — Cette fois, dit Ogier, contente ton envie. » Mais lui-même, à ces mots tombe presque sans vie.

Juillet 1864. Retranché de La Fille de Roland)

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