CHANSON DE JEUNESSE A M"» A
ous l'avez dit, et je le crois, Quoique mon orgueil en murmure,
J'étais assez bête autrefois...
Ah! madame, la chose est dure!
Ai-je fait des progrès depuis?
Vous l'affirmez... c'est fort honnête;
Je veux vous croire et je ne puis :
Non, non! Je ne suis plus si bête!
Oui, c'était à faire pitié;
Je croyais aux vertus fidèles,
Au dévoûment, à l'amitié,
Je comptais sur les hirondelles!
J'étais heureux, j'étais charmé, Dès qu'un regard me faisait fête; Aimant, je croyais être aimé...
Non, non! Je ne suis plus si bête!
Dès qu'une femme me disait :
Aimez-moi pour que je vous aime!
Aussitôt elle me plaisait ; J'avais mon bonheur en moi-même!
Souvent, hélas! on abusa D'une trop facile conquête, Et mon cœur à ce jeu s'usa...
Non, non! Je ne suis plus si bête!
Jadis, quand l'éclair de vos yeux Traversait mes yeux et mon âme, J'avais l'air sot, triste, ennuyeux ; C'est que j'avais grand peur, madame!
J'avais peur de vous admirer, D'en perdre tout à fait la tête; Que savais-je? Rien : soupirer...
Non, non! Je ne suis plus si bête!
Octobre 1850.