X XXII
Déjà nommé.
Je reviens, et mon vers en riant s'y résigne, A ce Magnard toujours si cocasse, mon Dieu ! Et dont Laf argue dit a Prêvel, qui s'indigne : « // est vraiment trop bleu ! »
Déjà nommé.
Certes, parmi les gens que leur génie entraîne A découper des faits divers dans les journaux, On en cite de hauts et bien montés en graine, Des crûs de bons tonneaux !
Plusieurs ont un aplomb qui passe toutes bornes Et vont dans tous les plats sans mettre de chaussons. D'autres tirent la langue aux passants, font des cornes Comme les limaçons ;
Mais aucun d'eux ne vaut ce Magnard adorable. Ce prophète du je, cet apôtre du moi, Qui, le front couvert d'un toupet imperméable, Nous vient dicter sa loi.
Il sait tout, ce Magnard, sans effort et sans peine, Et ne se mouche pas du pied, «pour une fois. » Il pose des béquets, et raconte a de Pêne Ce qui se passe au bois.
C'est un expert vraiment malin en toutes choses. Ce n'est pas lui que Vrain- Lucas eût mis dedans. Oh! comme il eût vu clair dans tous ces pots aux roses, Avec ses yeux ardents !
Mais une ambition terrible le dévore.
Voila le hic ! il faut au vieux Villemessant De bons petits garçons a leur première aurore i Purs, au cœur innocent,
Qui fassent la copie et les courses, nettoient Le bureau, pensent bien, et tâchent d'être mis Ainsi que des commis de nouveautés, et soient Résignés et soumis.
Tel ce doux Marx , ravi trop tôt a nos tendresses Magnard aussi fut l'un de ces enfants de chœur Pour qui Villemessant réservait ses caresses. Mais il n a plus de cœur
A la besogne. Il a comme un vague dans l'âme! On ne l'estime pas à sa juste valeur.
Ça l'embête ! Après tout, de la divine flamme Il est un receleur !
N'en vaut-il pas un autre ? Et Magnard se consur. En efforts surhumains, montre ses muscles, tend Sa jambe, tout couvert de sueur et d'écume. Mais il n'en faut pas tant.
0 cher enfant ! demeure à ta place, sois sage, Ne mords personne. Il faut des crocs pour mordre. Tes petits compagnons ! Quel souriant visage ! Quelle charmante voix !
On est ambitieux. Plus tard on le déplore. S'il se fût contenté de rester lieutenant, Le Grand Napoléon serait peut-être encore Empereur maintenant !
Compiègne, juin 1870-
Pour une Dévote. 327
Pour une Dévote.
Que vo7ts êtes belle h l'église, Près des piliers massifs et lourds, Sainte Thérèse et Cydalise, Sur votre carreau de velours.
Je vous admire, les mains jointes, Baissant vos cils longs et tremblants, Vos brodequins laissant leurs pointes Déborder les soyeux volants,
Avec vos poses extatiques De nonne et de chatte à la fois, Lorsque, sous les voûtes mystiques, L'orgue fait entendre sa voix.
Quand montait l'odeur du cinname Au ciel, entre chaque verset, Bien souvent j'ai pensé, Madame, Que c'était vous qu'on encensait.
328 Gilles et Pasquins.
A vos pieds, ma tendre dévote, Mon cœur, fier de s'humilier, Danse doucement la gavotte :
Je veux baiser votre soulier.
Par le désir et la promesse Vos yeux moites sont embellis :
Si j'étais le livre de messe Que feuillettent vos doigts de lys?
Si j'étais, dans l'ombre incertaine,
Le reliquaire bienheureux,
Si j'étais encor la patène
Ou meurt votre souffle amoureux ?