Épilogue
Je pourrais être digne, inspirer a ma bonne, Vieille au tablier blanc, un respect sans égal, Oui, mais rimer des vers ainsi que Ratisbonne , C'est a vous faire fuir jusques au Sénégal.
Et puis je veux encor lire la Joie écrite Dans l'univers, au mois enchanté des aveux. Je suis trop jeune pour devenir hypocrite, Je n'ai pas l'âge où l'on fait rougir ses cheveux.
Je pourrais, ô bourgeois ! gardant une attitude Noble, épouser ta fille et te rendre... Dandin, Et tu m'infligerais deux ans d'ingratitude, Comme Régnier dans les drames de Girardin,
Et tu te draperais dans ton rôle sublime ! Non, non/ si je te fais cocu, tu le seras Suivant toutes les lois de l'ancien jeu, sans frime, Content, épanoui, grotesque, et tu riras !
Et ces chants cascadeurs et fous où je m'amuse Seront bientôt suivis d'autres, en vérité ! Le docteur Desfossez, en auscultant ma Muse, Est resté stupéfait de sa forte santé !
Donc, adieu les honneurs! Je vais sous les charmilles
Où résonnent, mêlés au chant des violons,
Les propos amoureux et gais des belles filles
Sans bonnet pour couvrir leurs cheveux noirs ou blonds .
356 Gilles et Pasquins.
Insoucieux et libre, et contant mes pohnes A l'oiseau des forêts, a la fleur des buissons, Me plongeant plus avant dans les franches bohème Où ion ne commit pas l'odeur des trahisons,
Heureux, avec l'unique et seul désir dans l'âme De vivre indépendant, loin des Rogat sournois, Je pars, sûr que jamais, si la foule m'acclame, Elle ne dira : « Tiens/ c'est le beau Duv émois! '»
Beaumesnil, août 1870