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A LA LUNE

Quand la lune au ciel noir resplendit claire et ronde, Le vers en mon cerveau comme une eau vive abonde. Il coule naturel comme une source au bois,

Avec des sons fluets de flûte et de hautbois Et, souvent, des accords doux et mélancoliques D'harmonium plaintif et de vieilles musiques.

La lune verse au cœur sa blanche intimité De rêve vaporeux où passe une beauté,

Et dans les chemins creux où la fraîcheur s'exhale Ajoute aux flaques d’eau quelques mares d’opale,

Où l'on voit quelquefois se noyer éperdu Un insecte ébloui dans de l’astre épandu.

VEILLES DU JOUR ET DE LA NUIT

Mais elle qui paraît pour toujours endormie,

Apaisée à jamais dans la grande accalmie,

Est si puissante encor qu’elle émeut l’Océan Et fait frissonner l’homme aussi dans son néant.

Elle rend plus hardis les jeunes gens timides Et plus près de l’amour la vierge aux yeux candides.

Tu n’es pas morte, non! chère clarté des soirs Qui trembles sur les lacs comme sur des miroirs!

Et le cerf altéré qui boit à l’onde claire En même temps que l’eau boit aussi ta lumière;

Tu circules en lui comme un sang plus divin,

Car on n’absorbe pas de la splendeur en vain!

Le vaste ciel poudré d’étoiles d’or scintille.

Quelqu'un dans l’ombre, en bas, attend qu’un rêve brille. La Lune bienveillante au sourire d’argent,

Aide en son pur labeur le poète songeant,

Et tendrement, le long de ses rayons sublimes,

Laisse glisser des vers chantants aux belles rimes.

O Lune! quel mystère habite en ta clarté,

Et quel pacte te lie à notre humanité ?

Toi pour qui les anciens vivants eurent un culte,

LA CHANSON DES HEURES

Tu fais régner sur nous ton influence occulte;

Et ton charme attirant fait même, comme un jeu, Tourner les papillons des nuits dans ton feu bleu !

Quand tu parais, les soirs bénis, à ma fenêtre,

Ta lumière lointaine et vague me pénètre,

Et je me baigne en toi! Transfigurant ma chair,

Tu me fais pur et beau, surnaturel et clair;

Et je suis comme un dieu tout imprégné de lune, Participant ainsi qu’un astre à la nuit brune!

Oh! l’heure incomparable et la divine nuit!

Où donc l’amer chemin ? Où donc le morne ennui! La souffrance est passée, et ma joie est profonde De goûter ici-bas la paix d'un autre monde...

Je ne me livre pas au néant du sommeil,

Et j'attends l’heure triste où viendra le soleil...

Changeante Lune! Un soir, au ciel couleur d’ardoise Tu montas rouge ainsi qu’un énorme tison;

Et petit à petit, en laissant l’horizon,

Tu pris une nuance exquise de turquoise.

VEILLES DU JOUR ET DE LA NUIT

Une autre fois, ce fut comme une boule d'or Que masquait par moment un passager nuage;

Et puis tu redevins la Lune au bleu visage,

La Lune habituelle et que je vois encor.

Un lourd après-midi de juillet, tu fus blanche Comme une immense hostie apparue en l’azur;

Tu fondis, tel un peu de neige au soleil dur,

Et l'on ne revit plus ta face qui se penche...

Quand tu pleus en reflets sur les grands arbres verts, Les oiseaux endormis que tu trempes d’opale Doivent songer à Toi, Lune adorable et pâle, Pénétrés de bien-être en leurs abris divers.

Leur petite âme frêle, inquiète et farouche,

Se pelotonne à l’aise en leurs chauds petits corps, Quand tu luis ; chaque oiseau craignant les mauvais sorts Fait sa prière à Toi, Lune, quand il se couche.

LA CHANSON DES HEURES

Et tu veilles sur l’homme autant que sur le nid, Du haut de ta demeure inaccessible et sombre; Car le mal, ce complice ordinaire de l’ombre,

A dû craindre souvent ton regard infini.

O Lune! jusqu’à toi permets que je m’élève!

Je rampe plein d’ennui! Jette-moi des rayons, Que je m’en serve ainsi que de bleus échelons Pour suivre dans l’éther, ton domaine, mon rêve!

LA CHANSON DES MOIS

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