EFFETS DE NEIGE ET DE GIVRE
Les arbres ont l'aspect de blancs marbres qui poussent Au bord des blancs trottoirs et des toits blancs qui Il neige! Tout se vêt de divine blancheur, [moussent; Pour couvrir le sol noir du vieux monde pécheur,
On dirait que la nue au vent se désagrège Et tombe par milliers de flocons purs! Il neige!
Les champs, sur qui tout un long jour il a neigé, Semblent lointainement des lacs de lait figé.
Dans les chemins ouatés où l’air froid souffle, il tinte Une argentine voix de grelot, vite éteinte.
Et les petits enfants s’exclament, réjouis Par le poudroiement clair du ciel de mon pays.
Un grain de neige fond en larme sur ma vitre.
Je referme mon livre au milieu d’un chapitre,
VEILLES DU JOUR ET DE LA NUIT
Pour regarder tomber la neige du ciel blanc,
Et la suivre en son vol tourbillonnant et lent.
Elle est molle, elle est vive, elle est fantasque et folle; Elle plane, elle flotte, elle vogue, elle vole;
Elle est frivole et grave; elle a, comme un rimeur Sensible, de soudains revirements d’humeur,
Selon qu’un petit vent nonchalant se révèle Ou qu’un souffle nouveau soudain la renouvelle! Mais tout cela finit, pour elle comme lui,
Par de longs pleurs coulés et par de l’eau qui fuit...
Ma vitre, ce matin, est tout en feuilles blanches,
En fleurs de givre, en fruits de frimas fins, en branches D’argent, sur qui des frissons blancs se sont glacés. Des arbres de vermeil l’un à l'autre enlacés, Immobiles, ont l’air d’attendre qu’un vent passe Tranquille, mol et blanc. Calme petit espace Où tout a le repos profond de l'eau qui dort,
Parce que tout cela gît insensible et mort.
Vision qui fondra dès la première flamme,
Comme le rêve pur des jeunes ans de l’âme;
LA CHANSON DES MOIS
Espoirs, illusions qu’on regrette tout bas:
Sur la vitre du cœur, frêles fleurs de frimas...
Par ces longs soirs d’hiver où, fatigués des livres,
Les yeux suivent l'effet sur la vitre des givres Dessinant d’un pinceau lent et mystérieux,
Sous l’inspiration des grands vents furieux,
Des jardins, des forêts blanches et toujours calmes. De fantastiques fleurs et de bizarres palmes, —
Ces soirs-là, comparant l'ombre qui rôde en lui A la blanche splendeur des choses de la nuit,
Le poète isolé du monde, dans sa chambre,
Rêve à la grande paix des tombes de décembre Et du linceul d’hermine amoncelé sans bruit Qui, sous le ciel empli de clair de lune, luit...
LA CHANSON DES MOIS