A MONSIEUR DU MAINE
Sur let œuvres spirituelles.
SONNET
1 u me ravis, du Maine, il faut que je l'avoue. Et tes sacrés discours me charment tellement, Que le monde aujourd'hui ne m'étant plus que boue. Je me tiens profané d'en parler seulement.
Je renonce à l'amour, je quitte son empire.
Et ne veux point d'excuse à mon impiété.
Si la beauté des cieux n'est l'unique beauté Dont on m'orra jamais les merveilles écrire.
Caliste se plaindra de voir si peu durer
La forte passion qui me faisoit jurer
Qu'elle auroit en mes vers une gloire étemelle ;
Mais, si mon jugement n'est point hors de son lieu, Dois-je estimer l'ennui de me séparer d'elle Autant que le plaisir de me donner à Dieu ?
A LA REINE, MÈRE DU ROI
Pendant sa régence.
STANCES
v^BjET divin des âmes et des yeux, Reine le chef-d'œuvre des cieux,
1^4 POisiBS DB MALHERBE.
Quels doctes vers me feront avouer Digne de te louer ?
Les monts fameux des vierges que je sers
Ont-ils des fleurs en leurs déserts Qui, s'effbrçant d'embellir ta couleur, Ne ternissent la leur ?
Le Thermodon a vu seoir autrefois
Des reines au trône des rois ; Mais que vit-il par qui soit débattu Le prix à ta vertu ?
Certes nos lis, quoique bien cultivés,
Ne s'étoient jamais élevés Au point heureux où les destins amis Sous ta Inain les ont mis.
A leur odeur PAnglois se relâchant.
Notre amitié va récherchant ;
Et l'Espagnol, prodige merveilleux !
Cesse d'être orgueilleux.
De tous côtés nous regorgeons de biens,
Et qui voit l'aise où tu nous tiens.
De ce vieux siècle aux fables récité Voit la félicité.
Quelque discord murmurant bassement.
Nous ht peur au commencement ; Mais sans effet presque il s'évanouit. Plus tôt qu'on ne l'ouït.
Tu menaças l'orage paroi ssant, Et, tout soudain obéissant.
POésiES DE MALHERBE. 125
11 disparut comme flots courroucés, Que Neptune a tancés.
Que puisses-tu, grand soleil de nos jours ,
Faire sans fin le même cours.
Le soin du ciel te gardant aussi bien Que nous garde le tien !
Puisses-tu voir sous le bras de ton fils Trébucher les murs de Memphis ; Et de Marseille au rivage de Tyr Son empire aboutir !
Les vœux sont grands ; mais avecque raison Que ne peut l'ardente oraison ?
Et, sans flatter, ne sers-tu pas les Dieux Assez pour avoir mieux ?