L.OUEZ Dieu par toute la terre
Non pour la crainte du tonnerre
Dont il menace les humains.
Mais pour ce que sa gloire en merveilles abonde, Et que tant de beautés qui reluisent au monde .
Sont des ouvrages de ses mains.
Sa providence libérale
Est une source générale,
Toujours prête à nous arroser.
L'Aurore et TOccident s'abreuvent en sa course, On y puise en Afrique, on y puise sous l'Ourse,
Et rien ne la peut épuiser.
N'est-ce pas lui qui fait aux ondes
Germer les semences fécondes *
D'un nombre infini de poissons ; Qui peuple de troupeaux les bois et les montagnes, Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnes
De vendanges et de moissons?
Il est bien dur à sa justice
De voir l'impudente malice
Dont nous l'offensons chaque jour ; Mais comme notre père il excuse nos crimes, Et même ses courroux, tant soient-ils légitimes.
Sont des marques de son amour.
Nos affections passagères, Tenant de nos humeurs légères.
Se font vieilles en un moment ; ( )uclque nouveau désir comme un vent les emporte ; La sienne, fcujours ferme et toujours d'une sorte.
Se conserve éternellement.
CHANSON (Pour Madame de Rambouillet.)
v>HÈRE beauté que mon âme ravie Comme son pôle va regardant, Quel astre d*ire et d'en vie (3uand vous naissiez marquoit votre ascendant,
Que votre courage endurci, Plus je le supplie, moins ait de merci r
En tous climats, voire au fond de la Thrace, Après* les neiges et les glaçons.
Le beau temps reprend sa place.
Et les étés mûrissent les moissons ; Chaque saison y fait son cours ; En vous seule on trouve qu'il gèle toujours.
J'ai beau me plaindre et vous conter mes peines Avec prière d'y compatir ; J'ai beau m'épuiser les veines, Et tout mon sang en larmes convertir :
Un mal au deçà du trépas.
Tant soit-il extrême, ne vous émeut pas.
Je sais que c'est : vous êtes offensée, Comme d'un crime hors de raison, Que mon ardeur insensée En trop haut lieu borne sa guérison,
POisiES DE MALHERBE. 1 57
Et voudriez bien, pour la finir, M*ôter l'espérance de rien obtenir.
Vous vous trompez; c'est aux foiblcs courages, Qui toujours portent la peur au sein.
De succomber aux orages, Et se lasser d'un pénible dessein.
De moi, plus je suis combattu, Plus ma résistance montre sa vertu.
Loin de mon front soient ces palmes communes Où tout le monde peut aspirer ; Loin les vulgaires fortunes, Où ce n'est qu'un jouir et désirer j
Mon goût cherche l'empêchement, guand j'aime sans peine j'aime lâchemeni.
Je connois bien que dans ce labyrinthe Le ciel injuste m'a réservé Tout le fiel et tout l'absinthe Dont un amant fut jamais abreuvé ;
Mais je ne m'étonne de rien :
Je suis à Rodanthe, je veux mourir sien.